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Pérégrinations hebdomadaires : pourrissement rapide d’un héritage

Les restes mortels d’Albert Zafy ne reposent pas encore dans leur dernière demeure que déjà le message laissé en héritage se déchire en lambeaux. L’homme qui s’en est allé, n’a marqué pas son passage par des réalisations d’édifices matériels, mais par son exemple il a forgé le modèle d’un devoir de rectitude manifesté par une fidélité rectiligne à défendre avec acharnement les valeurs qu’on a faites siennes, des valeurs indispensables au service de l’intérêt public dans un système républicain. De peur d’être en reste au risque de ne pouvoir se vêtir d’un pan d’une popularité prestigieuse dont la population a habillé l’ancien président, nombreux acteurs de la vie publique, qui ne reculent devant rien quitte à faire preuve de nécrophagie, ont engagé une bataille d’héritage, chacun essayant de chausser des souliers du mort dont la pointure leur sied mal.

Couvrir de couleurs de valeur l’absence de vertu

Ils étaient tous présents dès les premiers moments, sauf le Président en exercice qui par «obligation» d’absence n’a pu satisfaire à l’obligation de promptitude pour rendre hommage,  manquement compensé lors de la dernière cérémonie, au risque de déranger l’intimité familiale. A quelques exceptions rares, plus qu’à rendre hommage au disparu, qu’à reconnaitre avec humilité leur erreur d’avoir méprisé de partager un vrai dialogue avec lui, qu’à promettre d’en tirer leçon, nombreux ont profité de l’aubaine de ce décès  pour s’autoproclamer dignes successeurs en tant que gardiens des valeurs défendues par Albert Zafy. Creusés dans cette veine, mêmes «les rendez-vous du Président» publiés en son absence n’ont pas failli. Les scènes renvoient à la mode des selfies qui témoignent d’un appétit de  vedettariat par le reflet que renvoie une approche passagère d’avec une star.

Les faits d’actualité de la semaine suffisent pourtant à interroger, combien dans la réalité il est loin de la coupe aux lèvres.

Le contresens de la réconciliation

La réconciliation depuis des lustres s’embourbe dans des ornières, sans doute du seul fait que l’on refuse à définir les sujets à réconcilier entre eux. L’œuvre que l’on entreprend, aux yeux du grand public semble manifester excès de prétention tout en faisant l’impasse sur le basique des objectifs. En considération du fonctionnement de la vie publique, il ne serait pas faux de faire un constat de désamour grandissant entre la population et la chose publique. En admettant que la population ne conclut pas sur une dépravation totale de l’activité politique, elle y a au moins retiré une partie de sa confiance et plus les choses passent plus elle perd foi en une rédemption. La mission de l’entreprise de réconciliation consisterait ainsi à mener la réflexion sur les causes de cette hémorragie de confiance et de proposer les remèdes pour juguler le mal. Réconcilier le peuple avec la politique, apporterait le nouveau souffle dont le pays manque à s’en étouffer.  Pour y parvenir, le procédé d’inverser rôles et valeurs présente le danger d’aggraver davantage la situation. Le système républicain base le fonctionnement sur une attribution des rôles selon un mode équilibré du partage des pouvoirs. Donner des coups de canif à cet équilibre, déjà mal respecté, en grignotant un peu de pouvoir au législatif et au judiciaire pour en doter une commission de réconciliation, ne saurait que déformer le schéma sur lequel se base l’autorité de l’Etat avec le risque de créer un conflit supplémentaire. Pour être efficiente dans son rôle, toute commission de réconciliation ne peut déborder sur le pouvoir des institutions. De plus, permettre à un organe émanant d’une sorte de cooptation, d’empiéter sur le pouvoir d’institution composée de membres élus par le peuple ou structurée par des éléments  faisant carrière établie sur des hautes capacités techniques, apporte un discrédit à la démocratie. Un non sens que de vouloir réconcilier le peuple avec la vie publique en dépouillant la démocratie du monopole à oindre de légitimité une fonction.

Course à la Présidence, prometteuse de guerre de désunion

Les mauvais coups ou ceux qui sont interprétés comme tels, commencent à pleuvoir. Ce n’est qu’un début, la suite ne peut aller qu’en aggravant le climat de tension. Les candidats déclarés ou en embuscade fourbissent leurs armes. Malgré une absence de confirmation concernant la candidature du Président en exercice, celle ni sans avoir fait l’objet d’une déclaration ne laisse plus qu’une infime place au doute. La stratégie de réviser la constitution pour permettre de se porter candidat sans nécessité de démissionner de son poste de président au préalable, risque de ne pas réussir. Qu’à cela ne tienne, garder les rênes en de bonnes mains occupe une grande importance au regard de la clique actuellement au pouvoir, et pour cause ! A ce poste on a la haute main sur la machinerie de l’Etat et les machinations en conséquence. Le plan B est en marche, nul besoin d’être prophète pour deviner sans grand risque d’erreur, l’identité du prochain «Président par intérim» si les circonstances devaient confirmer l’hypothèse de devoir recourir à cette formule conforme à la constitution. La majorité prépare avec détermination ses armes, des munitions de détail à l’armurerie lourde. Seules inconnues qui peuvent réserver des surprises, les foucades de la population. Déjà les gens se font la leçon d’accepter avec bienveillance les «dons d’achat de suffrages», sans avoir le sentiment d’en être tributaires, veillant à préserver leur liberté de choix, voire de cultiver une réserve à l’endroit de ceux qui pensent pouvoir acheter leur âme.

Léo Raz

 

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