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La peste à Madagascar (1907) : isolement fictif et désinfection capricieuse

À la date du 18 août, un nouveau protestataire du lazaret de Katsépé nous prie d’insérer les réflexions suivantes :

« Je suis à me demander, avec mes compagnons d’infortune, si la quarantaine qu’on nous a fait subir n’est pas une fumisterie de mauvais goût. En tout cas, cela ne paraît pas sérieux pour un sou. »

Les personnes qui avaient accompli leur stage d’observation du 13 au 17 inclus étaient réputées immaculées et pouvaient par suite se diriger sur un autre point non contaminé, hors du périmètre du port de Majunga. Or, de nouveaux cas suspects sont venus, le 17 au soir, qui sont entrés de suite en communication avec ceux qui allaient être émancipés le lendemain. Était-il impossible d’empêcher les poignées de main et les accolades entre les deux groupes ? Évidemment non ; non seulement rien n’a été fait pour contrarier ces relations mais les derniers internés mangeaient le soir même en compagnie et à la même table que les anciens ; certains arrivants cohabitaient dans les mêmes locaux que les partants !

Parmi ces derniers, une dame racontait le fait suivant ; l’étuve de Majunga venait de retenir à la désinfection un petit paquet contenant du linge de nuit et de rechange qui sortait du blanchissage, tandis que personne ne s’était inquiété des vieux vêtements de laine et coton qu’elle portait au même moment !

D’autre part, un négociant étranger a été victime de la plus imprévue des mésaventures. On sait que, pour chaque repas pris en dehors de la période réglementaire, les pensionnaires du lazaret sont tenus d’établir un bon. Notre homme, dont l’argent de poche tirait à sa fin, eut l’idée d’acheter pour six sous de pain et une bouteille de Vichy, afin d’économiser un repas avant de s’embarquer. Grande fut sa surprise de se voir impérieusement mis en demeure de régler intégralement ce déjeuner qu’il n’avait pas pris et pour lequel le cantinier n’avait reçu aucun bon. Les protestations de l’intéressé et les nôtres ne purent arrêter ce coup de carte forcée !

Faites d’avance des trous à vos ceintures ; mais gardez-vous bien d’apporter des lunettes à verres grossissants, vous pourriez avoir mal au cœur.

Un voyageur affamé.

L’Action à Madagascar (Majunga)

Samedi 24 août 1907.

www.bibliothequemalgache.com

 

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