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Chronique : une exécution en plein jour en pleine rue – Débattre avec modération sans hypocrisie

L’assassinat du patron de ZZ Center non seulement ravive une purulence dont souffre le pays, le problème Karana, mais alourdit d’une autre forme de violence l’escalade de l’insécurité : la bravade de procéder à une exécution en plein jour sur la place publique, et peut-être l’activation d’un mercenariat de tueurs à gage. L’avancement de l’enquête ne permet de négliger aucune piste mais rien n’interdit de favoriser l’hypothèse d’un règlement de compte sur commande, exécuté par des spadassins professionnels de la gâchette. Des circonstances troublant davantage encore un climat d’insécurité, déjà par trop délétère, nourrissant psychose, fortifiant un marché noir de vente d’armes à feu. De cette ambiance qui incite au pessimisme, les partisans du système d’autodéfense puisent justification d’une dangereuse prétention. Le fait que la première victime d’un crime style gangster, se trouve être un Karana, s’ajoute pour ne pas détendre l’atmosphère.

 Si cynique que ça puisse paraitre il faut pourtant faire de la circonstance une opportunité pour tenter de mettre un terme au problème Karana, de crever l’abcès en osant mettre le fer dans la plaie afin d’en extraire les racines de ce mal. Les incriminations réciproques ne servent à rien tant qu’elles renferment des méchancetés alors qu’on ne les exprime qu’avec moult non-dits et nombreux sous-entendus. Alors osons !

L’information concernant cet assassinat a provoqué parmi d’autres deux réactions opposées : «un Karana de moins» se disent certains autochtones sans pour autant sans réjouir, « encore un Karana » s’indignent se plaignent et accusent nombreux membres de la communauté, comme si la population entière était liguée derrière cet abominable crime.

Dans la réalité, une partie de la population cultive des Karana une image d’Epinal. Comme tout jugement globalisant, basé sur une généralisation, le raccourci de mettre les Karana à une seule et même enseigne, ne court pas seulement le risque d’erreur mais promet la garantie de commettre une injustice. Les Karana ne sont ni meilleurs ni pires que d’autres, et soit dit au passage cette remarque vaut aussi pour les natifs de ce pays. S’imposent des nuances que ne couvre pas un jugement global. A l’égal ou un peu plus que le taux d’individus appartenant à d’autres communautés, chez les Karana il ne manque pas de membres en cheville avec des gens du pouvoir et des autorités de l’administration. Il se raconte même que des puissants envieux du dynamisme productif des Karana n’ont pas résisté en ne résistent pas à les traiter et à les traire en vache à lait. Situation que ceux-ci subissent en cherchant et parvenant parfois  à exploiter pour obtenir des passe-droits et à défaut de cette sorte de compensation sur le dos de la bête, l’Etat, comme les rackettés se remboursent sur le compte du marché en en faussant les règles de la concurrence. Il serait intéressant de connaitre lequel en premier a tendu la pomme et lequel a croqué dans le fruit interdit, mais il n’est plus temps de juger cette histoire. L’urgence et la priorité consistent à mettre fin à ce genre de manège d’échanges de service hautement coupables, et à sévir sans distinction quelles que soient les origines et les qualités de ceux qui y prennent part.

La population fait surement des erreurs de jugement, mais elle n’est ni aveugle ni aussi niaise qu’on ne veuille le faire croire. S’il est besoin de lui écarquiller les yeux, une telle opération n’est possible que si tous les concernés ne balaient auparavant avec énergie devant leurs portes.

Les autorités nationales peinent à faire aboutir les enquêtes. De cette incapacité les affaires dans lesquelles des Karana sont victimes ne sont pas les seules en souffrance. Aussi il est mal venu et malsain de la part de communautés étrangères et de pays tiers d’émettre des condamnations en faisant peser sur le pays une « présomption de maltraitance des Karana et de mauvais traitement des dossiers de poursuites policières et judiciaires dans des affaires où des Karana sont victimes ».

Pour respecter le Droit la Justice ne saurait faire montre de plus de diligence et manifester davantage de dynamisme selon que la victime soit un manant indigène ou un magnat expatrié.

Dans le climat d’insécurité doublé d’une ambiance politique où s’installe la haine, l’exécution du patron de ZZ Center par des motards menace de faire école si les enquêtes n’aboutissent pas rapidement à des résultats édifiants : des scènes où les limiers mettent la main au collet des tueurs et trainent les commanditaires menottés, boulets aux pieds, pour les jeter dans des culs de basses fosses, sans accès aux infirmeries, les antichambres des évacuations sanitaires.

Dans la société actuelle une promiscuité de cohabitation entre la richesse et la pauvreté est accusée de contribuer à la dépravation des mœurs. Les valeurs se perdent en même temps que les malheurs augmentent. L’incapacité de l’Etat à réguler les facteurs d’équilibre en est la cause. Le problème Karana ne trouvera réponse qu’à condition que l’Etat ne revienne à la normale et ne recouvre son autorité légitime afin que la société s’épanouisse en harmonie. Les notions auxquelles il est fait référence, qu’il s’agisse de normalité, d’épanouissement, d’harmonie, n’ont de chance à avoir de sens que dans une démarche faite de cohérence. Aussi on ne peut d’un côté agir en complicité voire en soutien actif d’un système qui se singularise par ses incohérences, et de l’autre aspirer à avoir place respectable au sein d’une société que l’on souhaite harmonieuse. La cohérence entre les actes et la parole, au niveau individuel conditionne la réconciliation avec soi-même, tant que chacun n’ait procédé à ce travail d’élévation personnelle, on ne peut entrevoir une réconciliation à l’échelle nationale. Seulement lorsque tout le monde se sera hissé à ce niveau ne restera à la réconciliation que la valeur d’une bulle de savon.

Léo Raz

 

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