Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Chronique : laissez-nous le peu de dignité qu’il nous reste

Vous qui entrez dans cette chronique, abandonnez toute espérance avec la dernière d’une longue série de vexations qui heurtent ce qu’il nous reste de dignité.

Un cabinet international de récupération des nationalités coloniales propose ses services pour aider ceux qui se sentent concernés à recouvrer ou à obtenir la nationalité du pays qui a occupé l’île et «ses dépendances» pendant soixante-quatre ans. Une fois que la douleur de la gifle s’est apaisée, vous pouvez poursuivre la lecture de l’annonce publiée dans un quotidien à très grand tirage. Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas de loterie : si vous vous reconnaissez dans l’un des neuf cas de figure présentés par le cabinet, vous pouvez obtenir «de plein droit la carte d’identité française»… à certaines conditions. Sachez par exemple qu’un «ascendant métis indochinois» vous rapproche de la nationalité coloniale.

Si ce «cabinet» n’existait pas, il ne faudrait pas l’inventer. Mais il existe. Les géniaux inventeurs de l’exécrable notion de récupération des nationalités coloniales ne s’y sont pas trompés : la misère et le désarroi des Malgaches sont leurs plus fidèles alliés. Découvrir dans les archives familiales un papier jauni qui pourrait ouvrir les portes du paradis est évidemment plus honorable que d’écumer les sites de rencontre spécialisés ou de se prostituer à ses heures perdues pour trouver le conjoint à la carte d’identité magique. Un peu d’amour-propre tout de même !

Il y a moins d’un mois, nous commémorions la rébellion de 1947. En 1947, on distinguait quelques citoyens français dans un océan d’indigènes dont les descendants forment aujourd’hui la masse des citoyens malgaches qui ne peuvent pas se prévaloir de la nationalité coloniale. Dans moins d’un mois, nous nous souviendrons qu’en 1972 nous avons rejeté le néocolonialisme en espérant enfin nous réapproprier une identité que le 26 juin 1960 ne nous avait pas rendue. En 2017, nous serions donc si désemparés que le mirage de la citoyenneté française relègue la nationalité malgache au niveau de l’indigénat ? Il ne sera bientôt plus nécessaire de «retourner» les résistants de 1947 comme les idéalistes de 1972 dans leurs tombeaux, ils le feront eux-mêmes.

Un petit détail de notre Histoire nous invite à réfléchir : depuis 1960, 1599 personnes ont pu obtenir la nationalité malgache. Nous rechignons à partager ce privilège avec les rares étrangers qui aiment notre pays jusqu’à en supporter le quotidien mais nous estimons que nous avons le droit de recouvrer la nationalité d’un pays que nous n’aimons pas.

La dignité ne fait pas un programme politique. Mais si elle donnait des idées aux prétendants de 2018, ce ne serait déjà pas si mal.

Kemba Ranavela

 

Les commentaires sont fermées.