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Chronique : au revoir chef

Lorsque j’ai fait la connaissance de Christian Chadefaux, alors rédacteur en chef des toutes jeunes Nouvelles, je me suis retrouvée devant un homme qui ressemblait drôlement au journaliste et écrivain François Cavanna, ce que je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire. Je me suis évidemment demandé si ce moustachu connu comme le loup blanc dans le milieu de la presse malgache était aussi irrévérencieux que son sosie ou s’il avait appris à envelopper les mots comme on sait si bien le faire quand on s’exprime en malgache.

Pendant dix-huit mois, jusqu’à son expulsion hors du territoire malgache, j’ai été l’assistante d’un rédacteur en chef que je n’ai jamais trouvé irrévérencieux même quand il ne mâchait pas ses mots, ce qui n’est pas un défaut quand on est journaliste, même et surtout à Madagascar. Mais cinquante années au pays du kabary n’avaient pas rendu son discours consensuel. Il pestait contre le pays et contre les Malgaches avec une verve toute française, cela a pu lui être reproché. S’il se l’autorisait, c’est qu’il estimait faire partie de ce pays, qu’il y travaillait et qu’il n’avait pas envie de le quitter.

J’ai longtemps cru que Christian Chadefaux était zanatany. Quand je lui ai posé la question, il m’a répondu en riant qu’arrivé à Madagascar à l’âge de dix ans, il n’avait pas connu ce lien si particulier qu’entretiennent avec leur « nénène » ceux qui sont nés dans le pays. Il se défendait donc d’appartenir à ce milieu auquel notre société communautariste le rattachait de fait.

L’histoire de Christian Chadefaux à Madagascar se confond avec celle de la presse malgache des quarante dernières années. J’aurais voulu lui demander comment un Français non malgachisant avait réussi le tour de force d’imposer sa présence dans le milieu de la presse pendant les années soixante-dix et quatre-vingts alors que le pays n’était pas particulièrement francophile.  Je ne l’ai pas fait et il est trop tard pour regretter de ne pas avoir osé. Au revoir chef.

 Kemba Ranavela

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