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Dossier – Apatrides : les invisibles du monde réel

Dossier – Apatrides : les invisibles du monde réel

Il est 8h, dans le hall d’un hôtel situé au cœur de la ville des Fleurs. Journalistes, artistes, juristes attendent impatiemment le coup de téléphone d’un contact,  parmi les personnes qui ont le pouvoir d’infiltrer la communauté des apatrides à Mahajanga. Une mission exploratrice en 2011, effectuée par Focus Développement, a permis de savoir qu’à Madagascar, des communautés indienne, comorienne, chinoise et même malgache vivent sans nationalité depuis les années 70. Leur nombre demeure jusqu’ici inconnu, mais les informations ont avancé que 60% des apatrides vivent à Mahajanga.

Peur d’être emprisonnés

Ces gens-là existent, participent au développement de leur communauté, mais sont invisibles aux yeux de la loi et des citoyens. Ils n’ont aucun moyen de prouver leur existence et aucun de leurs semblables ne pourra prouver leur mort. En un mot, les approcher n’est pas chose facile, d’ailleurs, après quelques heures d’attente, les concernés (Apatrides) se sont défilés de peur d’être reconnus et dans ce sens, d’être appréhendés par le service de l’immigration malgache. Au risque d’être emprisonnés car leur expulsion s’avère impossible vu qu’on ne connait pas leur pays d’origine.

Après maintes négociations appuyées par un juriste, certains apatrides d’origine indienne ont accepté de parler, à condition qu’ils ne soient pas filmés et qu’ils soient présentés sous un pseudonyme. Les autres ressortissants malgaches, chinois ou comoriens contactés se sont désistés à la dernière minute.

Commencent alors des rencontres express, dans des lieux secrets, à l’abri des regards et des badauds. Première visite chez la famille Ahmed avec des parents victimes d’une apatridie par ignorance et deux enfants handicapés apatrides, malgré eux également. Les parents sont mariés depuis 1984. Sans papier ni nationalité, ils n’ont aucun contrat de mariage. Ils ont demandé depuis une carte de résident permanent mais en vain.

«Actuellement, nos enfants ont besoin de partir à l’étranger pour suivre des soins adéquats à leur handicap, mais faute de papier, nous sommes condamnés à les voir vivre dans cet état», se plaint le père de famille, né à Madagascar et dont la famille vit au pays depuis trois générations.

A l’échelle internationale, les statistiques font état de 10 millions de personnes sans nationalité, sans pays d’origine, appelées communément les apatrides. Les chiffres sont effarants car, toutes les minutes, une personne naît apatride dans le monde.

Une identité qui coûte cher

Zakir raconte son enfer. «J’ai demandé ma carte de résident permanent pendant 21 ans environ. Ils m’ont donné, trois ans, puis cinq ans, puis dix ans, puis il m’ont donné une autre carte de résident pour trois années alors que selon la loi, je devrai obtenir mon séjour définitif après le séjour de dix ans. J’ai moi-même entrepris le voyage à Antananarivo pour implorer le responsable de m’octroyer ce papier long séjour».

Le coût de cette carte est assez onéreux et les apatrides n’ayant aucune situation  stable  préfèrent ne pas insister tout en étant en situation irrégulière. La carte de visa pour une durée de dix ans est de 840 euros depuis août 2015. La carte de séjour définitif est de 234,12 euros.

Ces apatrides revendiquent leur droit à la nationalité, leur droit de vivre une vie normale, leur droit d’être pris en considération comme tout être humain. «Notre faute, c’est de ne pas avoir été enregistrés, de ne pas avoir été reconnus comme enfants légitimes, d’être nés avec des parents apatrides» ont-ils révélé. «Nous aspirons à ne plus vivre dans l’ombre».

L’avis d’un juriste :

«Il existe un vide juridique dans notre loi. Le cas des apatrides n’est pas stipulé dans aucun article. Le code de nationalité a été formulé à la veille de l’Indépendance et met en exergue le droit du sang pour protéger le pays d’une invasion étrangère. Le droit du sol est au cœur du débat car il faut peser le pour et le contre. Si on accorde une liberté, une brèche pour l’entrée au pays, il nous  sera difficile de gérer cela. Madagascar regorge de richesses naturelles, l’on ne peut prévoir les raisons et intérêts de chaque demandeur.

L’autre problème c’est que la loi reste inconnue et aucun juriste n’entreprend de la faire connaître, d’autant que les juristes et les officiers d’Etat- civil ne la maitrisent pas. Par exemple, dans l’article 23 du code, il est formulé que «La déclaration que la femme entend prendre la nationalité malgache doit être faite devant l’officier de l’état civil au plus tard au moment de la célébration du mariage. Au moment où les époux déclarent à la mairie leur intention de contracter mariage, avis doit être donné à la femme étrangère de la faculté qu’elle a de réclamer la nationalité malgache». Mais la plupart des femmes apatrides n’ont pas été informées de cette loi lors de leur mariage civil».

Droit à une nationalité

«Nous ne demandons aucunement des intérêts économiques, nous implorons seulement le droit à la nationalité malgache afin que nous puissions jouir de nos droits, droit d’aller à la Mecque une fois dans notre piteuse vie, droit de sortir de Madagascar pour rendre visite à la famille». Selon les explications de ce père de famille, il connaît son origine mais ne peut aucunement la prouver.

Non loin de lui, Nashir, une femme ayant vécu son apatridie depuis 66 ans qui habite seule dans un appartement à deux chambres. Elle n’entretient aucune relation qu’avec les membres de la communauté indienne à laquelle elle appartient. «Ma vie est un désastre, je n’ai aucune descendance. Mon seul espoir est de pouvoir jouir de mes dernières heures avec ma nationalité malgache».

Née à Marovoay, Nashir n’a pas été enregistrée par ses parents. Victime de parents autoritaires qui n’ont fait que diriger sa vie, elle n’a pas alors eu l’opportunité de se marier, encore moins de choisir un mari afin de prétendre à une nationalité. Car, en effet, le code de nationalité malgache stipule que «La femme apatride qui épouse un Malgache acquiert la nationalité malgache» (article 22) et que «La déclaration que la femme entend prendre la nationalité malgache doit être faite devant l’officier de l’état- civil au plus tard au moment de la célébration du mariage» (article 23).

Une situation frustrante

A première vue, Nashir est une femme normale mais elle se plaint d’être vulnérable auprès de la population locale. «On m’évite lorsque je m’aventure à aller au marché par exemple, on me traite comme une aliénée. Cette nationalité me sauvera», a-t-elle déclaré entre deux sanglots.

Le cas d’Amir, un jeune garçon de 19 ans et de sa mère Lyra, fille adoptive d’un couple malgache, est assez courant. Lyra est de nationalité malgache, contrairement à son fils Amir qui est apatride. Parce que Madagascar figure parmi les 27 pays qui n’acceptent pas la transmission de la nationalité entre mère et son enfant. Aussi, malgré sa compétence et son désir de poursuivre les études en informatique en Inde, Amir se contente actuellement de petits boulots proposés par ses connaissances et qui ne requièrent aucunement de papiers.

Développement du pays

«La situation est frustrante car je suis en train de voir ma vie défiler devant moi sans que je puisse la saisir. Et la seule raison c’est que je suis un sans-papier », a-t-il déploré, tout en poursuivant que Madagascar est la terre de ses ancêtres et qu’il se considère désormais comme un Malgache. «Si j’obtiens ma nationalité, j’envisagerai de me spécialiser dans le domaine de l’informatique et je mettrai mes services au développement de mon pays, Madagascar».

Tous ces apatrides ont un point commun, celui de détenir une carte de résident non permanent dont l’octroi se fait «à la bonne volonté des responsables». Bon nombre d’apatrides, même ceux établis à Madagascar depuis plus de 30 ans, n’ont pas encore obtenu leur séjour définitif. Ceux qui arrivent après des années de lutte acharnée sont par la suite victimes d’une discrimination à cause de leur nom étranger.

Page réalisée par Nadia

 

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