Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Chronique : notre histoire, chant polyphonique

En 2011, paraissait chez Laterit un ouvrage consacré au «phénomène Mahaleo» dont l’histoire se confond avec  celle de trois générations de Malgaches.  «40 ans d’histoires(s) de Madagascar» défilent au rythme des entretiens avec les sept membres du groupe menés par la journaliste Fanny Pigeaud.  Au gré des témoignages très personnels des chanteurs et des musiciens, on se replonge dans les méandres d’une histoire pas toujours très belle mais ce n’est pas n’importe quelle histoire, c’est la nôtre.  Si les Mahaleo racontent l’histoire avec un grand H, ils ne parlent pas d’une seule voix : il ne faut pas chercher de discours consensuel dans leur chant polyphonique. Même si elle est rarement explicitement formulée, c’est sans doute une des raisons qui font leur succès au pays du consensus érigé en règle de vie. Chaque membre a réussi à suivre sa voie, à s’autoriser une «liberté d’action individuelle» tout en continuant à appartenir au groupe. Ils ont pu traverser les crises et les dissensions et se retrouver régulièrement pour chanter leurs protest songs avec ceux qui les ont connus lycéens puis avec leurs enfants et aujourd’hui leurs petits-enfants. En chantant avec les Mahaleo, c’est un peu de cette liberté que le public se réapproprie et se partage symboliquement entre spectateurs.

«40 ans d’histoires(s) de Madagascar», ce sont nos engouements et nos échecs racontés de l’intérieur, par des chanteurs dont la vie ressemble à celle des gens pour qui ils chantent. Ce sont nos expériences politiques les plus contradictoires suivies avec une fougue ranimée chaque fois par la magie de la nouveauté. Mais quarante-quatre ans après les espoirs soulevés par le «réveil de 1972», la magie n’opère plus aussi bien.  Bekoto raconte que «sous Ravalomanana est un apparu un phénomène inquiétant : le «tout économie», la «privatisation de l’Etat» ou la «nationalisation des privés» – [il ne sait] pas quelle est la meilleure expression pour décrire ce qui est en train de se passer – l’importance du business. Tout le monde voulait être riche, confondant tout : combines, affaires, travail. Le but à chaque fois, c’était de devenir riche. Cette obsession était très nouvelle. Nous sommes maintenant dans un système de pensée qui oblige chacun à avoir plus d’argent que son voisin. On me respectera un peu plus si je suis milliardaire.»  Cet inquiétant phénomène s’est confortablement installé mais, pas blasés pour autant, les Mahaleo continuent de chanter la résistance et trouvent toujours un public enthousiaste. Et alors? Alors il ne faut pas oublier que l’histoire des Malgaches se confond avec celle d’un groupe dont les chansons sont un hymne à la liberté.

Kemba Ranavela

Mahaleo, 40 ans d’histoire(s) de Madagascar, entretiens avec Fanny Pigeaud, Laterit, 2011.

Les commentaires sont fermées.