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Reflet – De Watergate à Panama Papers : quand l’union des journalistes fait la force

Reflet – De Watergate à Panama Papers : quand l’union des journalistes fait la force

L’affaire dite des «Panama papers» intervient après d’autres scandales révélés dans la presse internationale, avec souvent la terminaison en «leaks» comme marqueur d’une révélation de données de masse (comme «gate» est devenue la terminaison synonyme de révélation d’un secret politique à la suite de l’affaire du Watergate). Les Panama papers sont à la fois un symptôme économique, un défi technique et une réponse journalistique.

Symptôme d’une mondialisation économique et des dérives de la financiarisation du monde. Défi d’une investigation journalistique qui arriverait à prendre à bras le corps des données de masse (les fameux big data). Symbole de la capacité des journalistes et des médias à coordonner leurs efforts pour organiser un réseau d’investigation mondialisé à l’échelle des faits qu’ils ont à traiter. Resituons les étapes importantes de ce changement d’écosystème pour le journalisme d’investigation.

Il y a 42 ans, la démission fracassante de Nixon, balayé par le Watergate

La chute de Nixon est-elle due aux enquêtes du Washington Post ? Le Watergate a-t-il changé la politique ? Journalistes et experts en débattent encore. Il y a 42 ans, le 9 août 1974, The Washington Post publiait le titre le plus important de son histoire : «Nixon démissionne». Cette date marquait la fin de la présidence de Richard Nixon et le début de trois décennies de débats à propos du rôle des journalistes dans la politique et des répercussions du Watergate sur la presse elle-même. Les médias et leurs révélations-chocs ont-ils véritablement causé la chute d’un président américain ? Dans quelle mesure la politique et le journalisme d’investigation s’en sont-ils trouvés changés ? Trente ans plus tard, les réponses à ces questions sont presque aussi contradictoires qu’elles l’étaient.

C’est le 17 juin 1972 que le scandale du Watergate démarre quand une équipe de faux plombiers téléguidés par des hommes liés au président est prise sur le vif en train de placer des micros au siège du comité national du Parti démocrate, dans un drôle d’immeuble circulaire qui domine la rivière Potomac. Sur le coup, l’affaire n’est pas prise au sérieux. Nixon lui-même, qui nie avoir ordonné les écoutes, parle «d’un cambriolage de troisième catégorie». Mais secrètement, il a ordonné à son staff de couvrir le scandale. Il espère que l’orage passera et est d’ailleurs triomphalement réélu avec plus 60 % des voix à l’automne. Mais les traces des faux plombiers vont être suivies sans répit par deux reporters d’investigation du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, qui feront finalement tomber la Maison Nixon à la force de leur plume.

L’étape décisive Wikileaks

Avec les révélations de Wikileaks en 2010, publiant des milliers de documents de l’armée américaine sur ses opérations en Afghanistan (en juillet) ou en Irak (en octobre) un nouveau coup d’accélérateur a été donné à ce type de collaboration journalistique, en association avec des développeurs informatiques et des «lanceurs d’alerte».

Julian Assange est devenu très vite un symbole de ceux qui détiennent des informations sensibles voire choquantes et qui trouvent indispensable de les faire connaître au grand public, moyennant un travail de vérification, de hiérarchisation et de mise en sens, que seuls les journalistes peuvent alors effectuer.

C’est ainsi que les plus de 90 000 fichiers militaires, en lien avec la guerre en Afghanistan sur la période 2004-2009, ont été mis à la disposition d’un triumvirat médiatique composé du Guardian, du New York Times et du magazine allemand Der Spiegel. Et une fois ces documents publiés, d’autres médias ont pu s’en emparer pour approfondir le traitement que la collaboration des trois médias n’avait pu épuiser. C’est ainsi que, dans une logique start-up, le site d’information né en ligne, Owni.fr, qui entendait être pionnier en matière de data journalisme, créa une application collaborative pour accéder aux documents et permettre aux lecteurs d’aider à identifier l’importance relative de chaque pièce et d’apporter un éclairage expert s’ils le pouvaient sur ces war logs en Afghanistan.

Panama Papers : La validation d’un «déjà connu»

L’avalanche de notifications de l’application Le Monde étaient là pour l’appuyer, l’affaire des Panama Papers allait être retentissante. Dans le cercle fermé des «leaks», nouvelle catégorie médiatique en vogue, Panama Papers est celui de tous les superlatifs. Plus gros, plus grand, plus fort ; donc relayé et médiatisé bien au-delà de la sphère des 109 médias impliqués par le Consortium international des journalistes d’investigation. Une simple recherche dans Google Actualités pour «Panama Papers» donne jusqu’à 15 600 000 résultats. En plus d’être donné à voir comme un défi technique, – faisant ainsi l’objet d’articles pédagogiques, gage de transparence du travail des journalistes – l’affaire est présentée comme la plus grande fuite de l’histoire du journalisme.

Platini, Poutine, Balkany, Cahuzac… Ces noms de famille, déjà largement médiatisés dans différentes affaires, se sont à nouveau retrouvés en haut de l’affiche médiatique à l’occasion des révélations des Panama Papers. Cette fois, ils se retrouvent sous la même bannière, un même scandale commun, celui des fichiers clients du cabinet d’avocat Mossack Fonseca, à Panama. En cela, les Panama Papers viennent appuyer ce que l’on sait déjà : le scandale alimente un «déjà connu» et cristallise quelque chose qui était encore (pour certains) de l’ordre du doute ; à savoir que les plus riches des citoyens possèdent et usent de privilèges. Ce faisant, ce n’est pas tant une révélation qu’une confirmation qui caractérise le scandale des Panama Papers, participant sans doute au large partage dont il fait l’objet. La force de ces derniers se trouve, pour partie, dans les fantasmes que nous nous faisons des puissants, ils y trouvent une forme de validation.

Le journalisme, acteur de la démocratie

La figure du journaliste perdait de sa superbe au regard des affaires de ces dernières années. Moins médiateur entre une source et des publics qu’un «autorisant» au lanceur d’alerte à s’exprimer ; et effacé par les figures fortes et médiagéniques d’Edward Snowden ou Julian Assange, le journaliste redevient, avec les Panama Papers, l’acteur du dénouement démocratique, le participant à la résolution du problème qu’il a lui-même contribué à révéler.

La liberté d’expression est un principe absolu en Europe et aux Etats-Unis, consacrée par plusieurs textes fondamentaux. «La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi»,  énonce l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789.

Le même principe est rappelé dans la convention européenne des droits de l’homme : «Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière

 

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