Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Reflet – Pauvreté à Madagascar : tous les critères en témoignent

Reflet – Pauvreté à Madagascar : tous les critères en témoignent

On dit souvent que Madagascar est riche, mais sa population, elle, est pauvre ou appauvrie. Dire le contraire serait absurde. En 2013, Madagascar occupait la 157è place sur 187 pays en matière d’Indice de développement humain (IDH) du programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Deux ans après, en 2015, la situation a empiré car le pays a régressé à la 169è place. Tous les critères en témoignent, Madagascar figure parmi les pays les plus pauvres au monde.

Les nouveaux pauvres

Il est à peine utile de le noter et même d’en débattre, il suffit de regarder autour de soi pour s’en rendre compte. L’accroissement sans cesse du secteur informel témoigne de l’appauvrissement irréversible d’une large frange de la population. Une situation aggravée par la hausse exponentielle du taux de chômage qui favorise l’insécurité. Instinct de survie oblige.

La pauvreté se traduit surtout dans le commerce. En effet, il n’y pas de ville dans tout Madagascar où l’on ne note pas la prolifération sans cesse des petits commerçants au détail, des marchands ambulants et des gargotiers, le long des rues et des ruelles. Et on ne peut les en blâmer, l’informel leur offre une opportunité de survie, une source de revenus d’appoint face aux besoins vitaux quotidiens, faute de mieux.

La dernière étude réalisée par l’Instat révèle que les commerces informels contribuent à plus de 69% au chiffre d’affaires du secteur informel, si la branche prestation de services (dockers, tireurs de charrette, de pousse-pousse, et autres) n’est que de 14% seulement. On entend ici par travailleurs informels, ceux qui ne possèdent pas de numéro statistique, avec une comptabilité sans valeur administrative. Selon toujours l’étude de l’Instat, 90% des activités à Madagascar se font dans l’informel, dont une large part pour les petits commerces.

Malgré les efforts titanesques de ces petits commerçants pour s’en sortir, du moins pour survivre, ils font face à une grande difficulté, la faiblesse du pouvoir d’achat des éventuels clients, eux aussi touchés par la paupérisation croissante.

Selon toujours l’étude de l’Instat, 57% d’entre eux peinent à écouler leurs marchandises, 52% sont victimes de concurrence déloyale excessive, et 36% de ces deux problèmes. Le manque de professionnalisme dans l’exercice de l’activité y est également pour quelque chose, sinon pour beaucoup. En effet, ces nouveaux pauvres sont en général composés de chômeurs, sans formation spécifique, mis à part les anciens employés des entreprises franches, jetés à la rue suite à la crise.

Sera R.

Le secteur informel témoigne

Autre preuve à l’appui, la recrudescence du secteur informel. La majorité de la population malgache qui s’élève actuellement à plus de 23 millions d’âmes et est composée à 40% de jeunes, ne s’en sort pas. Bien que les statistiques n’affichent que près de 3,8% de taux de chômage, la réalité est tout autre. La recrudescence du secteur informel ne fait qu’accentuer les problèmes du travail dans le pays puisqu’à défaut, les petits métiers gagnent du terrain. Autant d’indices qui entrent en jeu dans l’indicateur du PIB du pays.

En effet, l’on ne recense que 400 000 emplois formels dans le pays, face à une population active de près de 10 millions d’âmes. Une grande majorité des travailleurs sont donc sous-employés, il s’agit également d’un autre facteur de pauvreté, a affirmé Rado Ratobisaona.

Le PIB par habitant au plus bas

Madagascar est un pays à fort potentiel économique mais avec un revenu très faible par habitant. Les dernières statistiques de l’année 2015 montrent clairement que Madagascar figure dans le peloton de tête des pays les plus pauvres de la planète, c’est-à-dire qui produisent le moins de richesses.

Pour être plus précis, la Grande île est classée dans le top 5 des pays les plus pauvres et se trouve en cinquième position derrière le Burundi, la République centrafricaine, le Malawi et la Gambie. Un classement qui a évidemment reculé étant donné que Madagascar occupait la 9è place en 2013 avec un produit intérieur brut (PIB) de 472 dollars par habitant.

Avec un PIB très faible et d’autres critères alarmants, Madagascar évolue dans un contexte économique particulièrement difficile. Il faut noter que le PIB permet de mesurer l’activité économique d’un pays sur la base du revenu moyen de ses habitants. Un indice qui stagne à 392 dollars depuis 2014 pour Madagascar. Ce qui implique un revenu de près d’un dollar par jour, soit le seuil limite de la pauvreté. Une situation alarmante lorsqu’on sait que 92% de la population vivent sous le seuil de la pauvreté, selon les dernières statistiques.

Augmentation des aides étrangères

L’importance des aides octroyées par les bailleurs étrangers à Madagascar témoigne également de la triste réalité malgache. Normalement un pays sans grande difficulté économique n’a pas besoin d’autant d’aides étrangères. Le dernier rapport du Pnud sur la coopération au développement présenté hier, explique pourtant qu’«Environ 70% du financement du programme de développement dépend des aides extérieures». L’inauguration récente du pont de Befandriana-Sud par le chef de l’Etat, cette semaine, en est d’ailleurs un exemple concret puisqu’il s’agit en fait d’un financement de la Bad et non de fonds propre du gouvernement malgache, encore moins d’une contribution personnelle. Au total, 612,03 millions de dollars ont été octroyés en 2014, sans que le développement soit réellement visible, particulièrement sur le plan social. Le rapport du Pnud précise pourtant que plus de 40% des aides vont dans le secteur social, notamment l’éducation, la santé ou encore la formation.

Tahina Navalona

Inflation, le pouvoir d’achat s’effrite

Le taux d’inflation tournait autour de 7% en 2015, si on se réfère à la loi de Finance rectificative (LFR). L’Etat prévoit le même taux pour cette année qui est déjà beaucoup pour un pays émergeant comme le nôtre. Au quotidien, la population malgache ressent l’impact du coût de la vie en hausse permanente alors qu’en même temps, la hausse des salaires reste rigide. Ce qui explique l’effritement du pouvoir d’achat des ménages malgaches, analysent les économistes. D’après ces experts, les Malgaches s’appauvrissent de plus en plus face à la situation actuelle.

«La classe moyenne à Madagascar tend à disparaître, et le taux d’extrême pauvreté ne cesse de monter en flèche. Cela à cause des inégalités sociales croissantes et la prolifération de la corruption dans tous les secteurs d’activité et notamment au niveau de l’administration publique. Les indicateurs des partenaires techniques et financiers (PTF) du pays montrent d’ailleurs que 92% de la population malgache vivent dans l’extrême pauvreté», a confié Rado Ratobisaona, économiste membre du Cercle de réflexion des économistes de Madagascar (Crem).

D’après cet expert, la population malgache s’appauvrit de plus en plus, la timide croissance économique enregistrée par le pays ces dernières années n’a eu que très peu d’impacts sur les couches vulnérables. «Le taux de croissance économique tourne autour de 3 à 4% actuellement. Ce chiffre est insuffisant voire dérisoire pour répondre aux besoins fondamentaux de la population. Le pays devrait enregistrer un taux de croissance de 8% pour que cela puisse se répercuter sur le quotidien de la population», a-t-il expliqué.

Riana R.

 

Les commentaires sont fermées.