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Chronique : pour un travail de la mémoire

De tous les jours fériés qui jalonnent l’année civile, le 29 mars est sans aucun doute celui qu’on associe le plus volontiers à la mémoire et peut-être au devoir de mémoire. La proclamation de la République intéresse très modérément les citoyens qui, par ailleurs, perdus entre le 14 octobre et le 11 décembre, ne savent plus à quel saint se vouer. Le 26 juin est un rare moment de communion nationale où transparaissent ici et là dans les festivités quelques résurgences d’un passé au plus-que-parfait, celui d’avant l’annexion. Mais c’est au 29 mars qu’il revient de nous rappeler le souvenir d’une insurrection qu’on appelle encore pudiquement les événements de 1947. Il y a encore quelques années, cette journée de commémoration était placée sous le signe de la sobriété. C’est dans la retenue qu’on honorait nos résistants.

Ce 29 mars 2016, les grandes enseignes et les débits de boissons avaient couvert les rayons des alcools de tentures ou de grandes feuilles de papier : elles signifiaient au client qui l’aurait malencontreusement oublié qu’il ne faut pas confondre réjouissances pascales et journée du souvenir. Parce qu’il faut bien avouer que pour beaucoup d’entre nous, ce long weekend de quatre jours était avant tout une occasion de se reposer, de festoyer ou partir quelques jours loin de l’effervescence d’une ville polluée.

Ce 29 mars 2016, le rituel officiel s’est déroulé comme chaque année dans les lieux dédiés aux cérémonies. Dans les rues, la sobriété a cédé le terrain aux habitués des bouteilles de bière et autres verres de rhum. Pas toujours de manière ostentatoire, bien sûr : on peut boire à couvert, installé dans sa voiture transformé en bar d’appoint. C’est vrai le 29 mars comme tous les autres jours de l’année. Mais de nombreux buveurs ne se sentaient pas concernés par la discrète injonction de retenue. Devant les épi-bars, les trottoirs étaient donc à peine plus propres que les jours où l’alcool coule à flot. Les autorités devront trouver de nouveaux arguments pour convaincre les citoyens de s’abstenir de boire, en public, en cette journée au symbole fort. Si c’est ce qu’elles souhaitent.

Le fossé se creuse entre les manifestations officielles et la mémoire collective. Le 29 mars n’est pas un jour comme les autres, tout le monde le sait. Mais ce n’est pas une fête «populaire», au sens où elle serait celle du peuple. Quelques heureuses initiatives, l’exposition «Omaly sy anio ho an’ny Fahafahana» dans les «ruelles citoyennes» d’Antaninandro les 24 et 25 mars en est un bel exemple, innovent en proposant un travail de la mémoire qui s’invite à la rencontre des gens. Il faut poursuivre ce travail de la mémoire que peuvent et doivent s’approprier les plus jeunes des Malgaches, qui sont aussi et surtout les plus nombreux des Malgaches.

Kemba Ranavela

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