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Chronique : la vie est douce, dit-on

La vie est douce, dit-on pour reprendre la sagesse des ancêtres. A la lecture de la presse, la vie ne paraît plus aussi douce que dans les dictons. Chaque jour, les faits divers les plus sordides inondent les journaux et font mentir les représentations que nous avons de nous-mêmes, peuple pacifique, d’humeur toujours égale, privilégiant le consensus. Les recettes éducatives de nos grands-parents comme les garde-fous traditionnels ne font plus école et les institutions modernes n’ont pas réussi à combler le vide laissé par la sagesse des ancêtres, partie visiter des contrées plus heureuses.

Il nous reste de cette sagesse ancestrale quelques proverbes qu’on énonce avec gravité et force hochements de tête, deux ou trois principes figés dans les programmes scolaires et quelques mots-clés qui émaillent les discours des politiques à court d’arguments. En se raccrochant comme on peut aux cérémonies traditionnelles, on essaie de se persuader qu’on s’inscrit dans la lignée d’une communauté tout entière dédiée à l’harmonie mais ce n’est pas suffisant pour retrouver le chemin d’une société apaisée. Le phénoménal succès des sectes qui se proposent comme des directeurs de conscience infaillibles s’inscrit dans ce vide qu’il fallait bien occuper, vide qui a fait le lit de prédicateurs enthousiastes et surtout très efficaces. Forts de leur talent de tribun associé à une foi inébranlable en leur bonne étoile, ces professionnels de la communication ont réussi à créer des communautés qui attirent de plus en plus d’âmes en quête de sécurité, affective plus que matérielle. Mais ce n’est toujours pas suffisant pour retrouver le chemin d’une société apaisée.

Il n’y a pas une semaine sans qu’un quotidien nous livre les détails d’un drame familial qui s’est passé non pas au bout d’un monde inconnu mais ici, tout près de chez vous. Nous nous sommes -presque – habitués au lynchage, manifestation extrêmement violente d’une justice populaire qui s’est imposée en lieu et place des institutions qui ne remplissent plus leur mission. Cachés derrière nos journaux ou protégés de cette violence par les écrans de télévision, nous pouvons encore nous persuader que ce sont des histoires d’un monde qui n’est pas le nôtre.

Pourtant, ce qui arrive près de chez vous ne doit laisser personne indifférent. Comment comprendre ce professeur qui a violemment frappé au visage un de ses élèves ? Ce dernier avait soudainement décidé de se lever en plein cours. Ou ce surveillant qui, pour séparer des élèves en dans la cour, s’est interposé en employant la force d’un boxeur sur un ring, envoyant au tapis un malheureux témoin de l’altercation ? Ces faits divers ne sont malheureusement pas anecdotiques. Ils révèlent le désarroi d’une société qui se souvient avoir appris que la vie doit être douce mais qui a égaré le mode d’emploi.

Kemba Ranavela

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