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Climat des affaires : « Des défis restent à relever dixit Luke Zahner »

Climat des affaires : « Des défis restent à relever dixit Luke Zahner »

Lors d’une interview, Luke Zahner, Conseiller en charge des affaires publiques et culturelles auprès de l’ambassade des États-Unis à Madagascar broche un tableau pas très reluisant de la situation de la gouvernance dans le pays. L’Etat de droit, la corruption, le climat des affaires ou encore la liberté d’expression ont, tour à tour, été disséqués par le diplomate américain.

Que pensez-vous de la liberté d’expression à Madagascar ?

Nous avons évoqué publiquement, à chaque fois, notre soutien à la liberté d’expression et au renforcement de celle-ci. Cependant, nous nous inquiétons depuis quelques années de la façon dont les élites, les hommes d’affaires, et les opérateurs économiques utilisent la diffamation contre les journalistes. Nous avons donc beaucoup travaillé pour essayer de renforcer une politique de réforme, notamment du code de la communication, et nous attendons que ce code apporte des solutions à ce genre de problème. Il semble d’ailleurs que cela relève davantage de l’actualité avec ce qui se passe, dernièrement, avec le  journaliste du quotidien « Malaza ».

Justement que pensez-vous de cette affaire ?

Le problème avec le cas du journaliste de « Malaza »,  c’est que ce n’est pas un journaliste inexpérimenté. Il fait partie des journalistes qui ont participé au programme d’investigation sous la houlette de l’Usaid. Nous avons, en effet, à titre de rappel, soutenu le renforcement des capacités des journalistes à se conformer au standard professionnel du journalisme d’investigation avec lequel nous avons un lien proche. Ils ont simplement utilisé leurs compétences qu’ils ont obtenues de la part de l’Usaid dans l’écriture de la vérité. Donc, c’est pour nous un grand souci car nous sommes très engagés dans l’observation de ce cas d’autant que nous continuons à assister les journalistes qui font leur travail de manière professionnelle et responsable.

Le code de la communication que vous évoquez tarde à être officialisé. Pensez-vous que le gouvernement est réticent par rapport  à ce projet ?

En tout cas, à notre avis le code de la communication fait partie des plus importantes réformes de ce gouvernement. Nous travaillons étroitement avec le ministère de la Communication, les Nations unies et d’autres bailleurs qui ont le même souci à ce propos. Jusqu’ici, nous recevons les promesses selon lesquelles le projet de loi y afférent serait presque peaufiné mais que cela dépend du processus au niveau du gouvernement et de l’Assemblée nationale. C’est très important et j’espère que le processus s’accélérera car, je pense aussi que c’est une réforme qui a commencé avant l’avènement de ce régime et que cela devra continuer.

Concernant le cas des bois de rose saisis à Singapour, le ministre de l’Environnement a dit que les partenaires, notamment les Etats-Unis soutiennent l’Etat malgache, qu’en est-il exactement ?

Le cas des bois de rose saisis à Singapour est un bon exemple d’un processus qui doit être résolu. Toutes ces saisies, ici et là, doivent être résolues car il y en a d’autres. Nous ne sommes pas les seuls à lancer un rappel, il y a aussi la Banque mondiale qui suit de près ce dossier. Je pense que c’est un bon exemple pour démontrer que l’Etat est en mesure d’en finir avec les trafics des ressources naturelles. Nous fournissons le soutien dont nous sommes en mesure de donner mais soyons honnête, nous ne sommes pas l’acteur principal dans cette affaire. Il y a des choses que le gouvernement doit, peut et devra faire. Dans le cas de l’affaire de Singapour, par exemple, c’est le positionnement officiel de Madagascar notant que l’exportation des bois de rose saisis était légale qui inquiète. C’est à cause de l’ancien ministre de l’Environnement qui a écrit une lettre affirmant que c’est légal alors que ce n’était pas le cas. C’est écrit noir sur blanc dans la loi malgache et c’est seulement après la décision de la Cour de Singapour que le gouvernement a changé d’avis. Actuellement, cette personnalité est toujours ministre et ce sont des personnalités très connues au sein de ce ministère qui ont signé les lettres. Le problème c’est que l’Etat continue à soutenir les efforts dans la poursuite des journalistes pour diffamation, alors qu’il manque de vigilance contre les trafiquants, et ce alors que les preuves sont là. De même, pour les journalistes, l’enquête dure quelques minutes mais contre les trafiquants ce n’est pas la même chose. C’est compliqué.

Et si les Etats-Unis ne sont pas l’acteur principal, comment se passe l’appui à l’Etat malgache dans la lutte contre les trafics de ressources naturelles, comme l’a déjà fait la Banque mondiale ?

L’appui de la Banque mondiale est un instrument pour essayer d’améliorer la situation. C’est très important. Mais en fin de compte, cela reste une question de volonté politique. C’est beaucoup de choses que le gouvernement doit faire pour s’attaquer à ce problème maintenant. Nous aidons les journalistes d’investigation, nous protégeons les parcs nationaux, ainsi que les frontières, nous soutenons les universités sur ce sujet. Cependant l’engagement le plus important à notre avis est d’encourager le gouvernement à franchir des étapes pour redresser la situation. A titre d’exemple il ne fallait pas laisser Bekasy quitter le pays. Il est inquiétant de constater qu’à chaque fois qu’un trafiquant est arrêté par le Bianco, celui-ci disparaît par la suite. Au contraire, il est indispensable de soutenir le Bianco. Nous pouvons commencer avec cela et permettre à cet organe de faire son travail sans intervention politique.

Que pensez-vous de l’environnement économique actuel à Madagascar ?

Au cours des deux dernières années, Madagascar a fait beaucoup de progrès et d’efforts, notamment avec l’Agoa mais cela ne se fait pas en une nuit. Il faut encore beaucoup de temps pour avoir des résultats tangibles. Néanmoins, nous avons eu des signaux positifs indiquant que l’Agoa renforce le secteur économique en général, et pas seulement le secteur textile. Les investisseurs commencent à s’intéresser au pays mais il existe des défis à relever pour les rassurer et stabiliser le climat des affaires à travers le respect de l’Etat de droit, à l’instar de la situation d’Ambatovy par rapport à l’Advance cargo declaration (ACD). Il est important de toujours miser sur la transparence. Notre communiqué a d’ailleurs été clair sur ce sujet. Le point en général c’est la nécessité de toujours respecter l’Etat de droit, il suffit de voir les pays qui ont réussi en matière d’investissement, à l’instar de Singapour, de la Malaisie ou encore de l’Inde. C’est l’aspiration de chaque pays d’attirer les investisseurs mais il faudrait renforcer davantage la stabilité économique et politique.

Madagascar va accueillir prochainement les sommets du Comesa et de la Francophonie. D’après vous, le pays dispose-t-il des atouts pour abriter ces rendez-vous ?

Les deux rendez-vous seront bénéfiques pour le gouvernement mais aussi pour le pays. A notre avis, c’est une opportunité pour Madagascar et nous encourageons tout le monde à saisir cette opportunité de promouvoir Madagascar comme un pays qui vaille la peine d’être visité et d’y investir.  C’est donc une opportunité à saisir.

Etes-vous satisfait aujourd’ hui de l’état de la coopération entre Madagascar et les Etats-Unis ?

Personnellement, je suis satisfait du progrès de la relation avec Madagascar qui continue de se développer depuis la fin de la crise. Mais cela ne veut pas dire que tout est parfait. Nous avons des défis à relever et je pense que l’ambassade est convaincue que nous avons besoin de soutenir la continuité et la promotion de la stabilité. L’essentiel c’est la stabilité politique, avant l’amélioration de l’environnement aboutissant à la stabilité économique. Mais c’est un long processus et nous sommes donc satisfaits du progrès et avons l’intention de continuer à soutenir ce progrès.

Propos recueillis

par Jao Patricius

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