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Chronique : encore une bonne raison de se réjouir : la langue malgache se porte plutôt bien

La prestigieuse université de Stellenbosch a officiellement opté pour l’anglais comme langue d’enseignement. Jusqu’alors, la langue principale d’enseignement était l’afrikaans que l’université s’engage toutefois à promouvoir comme langue optionnelle d’enseignement. Près de vingt-deux ans après la fin du régime de l’apartheid, cette décision est un symbole fort dans la nation arc-en-ciel. L’afrikaans est parlé par 6,5 millions de Sud-africains, essentiellement des descendants des premiers colons néerlandais mais pas seulement. Associé dans la mémoire collective à la politique de l’apartheid, l’afrikaans ne peut pas être une langue fédératrice dans la nouvelle Afrique Sud qui tente d’inventer un nouveau modèle de société. Cela se comprend aisément. C’est l’anglais qui a naturellement pris la place de lingua franca dans ce vaste pays aux onze langues officielles. Pour autant, l’afrikaans n’est pas une langue en péril. Même s’il perd de son audience dans les universités et dans le système scolaire, même s’il devient une langue minoritaire, l’afrikaans est soutenu par une tradition littéraire bien établie et des locuteurs convaincus par le bilinguisme. Les Afrikaners parlent aussi l’anglais, et ce depuis longtemps.

Abandonner l’afrikaans comme langue d’enseignement, c’est tourner une page douloureuse d’une histoire difficile. Il est tout de même ironique que l’anglais, langue également introduite par la colonisation, représente aujourd’hui l’émancipation. Les grandes perdantes sont les langues africaines, desservies par leur diversité et des traditions essentiellement orales. L’Afrique du Sud n’est pas une exception : elle est à l’image de presque tous les pays du continent qui ont choisi, sans doute par défaut, la langue de l’ancienne puissance coloniale comme langue officielle et souvent comme langue véhiculaire.

L’exception, nous la connaissons tous, c’est Madagascar. On écrivait en malgache et en caractères latins bien avant l’annexion de la grande terre par la France. S’il est vrai que le régiolecte merina a pris quelques longueurs d’avance sur les autres, nous avions dans les mains et dans nos mémoires de quoi valoriser une langue nationale. Nous avons une langue écrite, diffusée par les médias sur tout le territoire national mais son statut sociolinguistique est à peine plus confortable que celui des langues africaines dont le champ est réduit à l’oralité. Aujourd’hui parlé par près de vingt-quatre millions d’individus, le malgache est pourtant présenté comme une langue en perdition, cerné par une technologie et une mondialisation néfastes. Comment avons-nous créé ce hiatus ?

L’exemple de l’afrikaans peut faire grincer des dents. Il sera néanmoins intéressant de suivre son parcours et peut-être de s’inspirer de sa résilience pour apprendre à valoriser notre langue nationale.

Kemba Ranavela

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