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Chronique : à exception, exception et demie

Aujourd’hui, après avoir relu le code de la nationalité malgache, je me sens un être d’exception. Comprenez ce fabuleux sentiment : j’ai le privilège et l’avantage de d’échapper à presque toutes les mesures discriminatoires qui frappent des citoyens qu’on voudrait étiqueter « de seconde zone ». Il serait long et fastidieux d’énumérer toutes les situations qui vous rangent dans cette catégorie de population, tant il y en a. Voyons plutôt qui sont les êtres d’exception que le code de la nationalité bichonne depuis 1960.  Deux critères très simples vous  mettent d’office dans le saint des saints : être né de père malgache et porter un nom de naissance à consonance malgache. On ne s’étonnera pas du nombre relativement important de Malgaches qui passent par la case tribunal pour augmenter leurs chances de passer -presque- inaperçu en affichant un Ra… ou Andria… sur leur carte d’identité nationale. Certains de ces heureux élus pourront alors oublier le délit de faciès qui caractérise une bonne partie de nos compatriotes. L’un de nos nombreux paradoxes consiste en effet à vanter la diversité des types physiques de notre beau pays auprès des «vahiny» en quête d’exotisme tout en reconnaissant à l’apartheid des vertus que nous n’osons évoquer qu’en cercle très restreint.

Née être d’exception ne vous garde pas des écarts de conduite. Mesdames, vous pouvez payer très cher une décision qui ne regarde que votre cœur et votre conscience. Epouser un étranger vous causera peut-être quelques réflexions désobligeantes dans votre entourage. Mais vous saurez surmonter ces désagréments qui vous feront sourire quand vous comprendrez que sous les sentiments malveillants perce une bien mesquine  jalousie. C’est à la naissance de votre enfant que vous réaliserez que si vous êtes Malgache, vous n’êtes qu’ une femme malgache. Si cela vous traverse l’esprit avant la majorité de votre enfant, votre mari pourra demander que son enfant devienne malgache, comme sa mère. Sur cette question, nos politiques font consensus. Ils sont dans de bonnes dispositions ? Ne vous croyez pas au bout de vos peines : pour rejoindre le saint des saints des êtres d’exception, votre enfant aura le bon goût de ne pas présenter d’infirmité,  de vice de constitution, ne pas être atteint de tuberculose, de maladie vénérienne ou d’affection mentale.

En revanche, si vous êtes né être d’exception, vous pouvez sans scrupule épouser une femme étrangère. Vous pouvez même engendrer un enfant infirme qui aura sa place dans le saint des saints. Cela vous causera peut-être quelques réflexions désobligeantes dans votre entourage mais vous saurez surmonter ces désagréments quand vous comprendrez que vous avez la chance de ne pas être né femme malgache.

Kemba Ranavela

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