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Chronique : tout est relatif

Tout est relatif. Vous connaissez cette phrase qu’on énonce sans y penser, pour clore un débat qui mène on ne sait trop où… Mais il faut prendre cette assertion au pied de la lettre car, sachez-le, tout est vraiment relatif.  La preuve par deux articles parus ces derniers jours dans la presse locale. L’hebdo de Madagascar consacre cette semaine un dossier à la période du Carême suivie avec plus ou moins de zèle par les pratiquants. Où l’on apprend que le jeûne se traduit surtout par une consommation réduite de viande. Quand on connaît l’amour inconditionnel que nous portons à la viande, rouge et grasse de préférence, on comprend que le carême puisse être considéré comme une douloureuse pénitence. Toutefois, un simple rappel des indicateurs sociaux de notre pays relativise le poids réel de cette pénitence. Comme les chaussures ou la voiture, la consommation de viande vaut carte de visite dans un pays où le plat de tous les jours, riz agrémenté de brèdes ou de haricots, ne relève jamais d’une énième mode végétarienne ou d’un intérêt pour la diététique moderne. Pour faire simple, pour l’opinion commune, ne pas consommer de viande, c’est d’abord ne pas avoir les moyens d’en acheter. Le témoignage d’une jeune femme recueilli dans l’Hebdo propose une autre lecture : mettre de côté l’argent normalement consacré à l’achat de la viande, c’est augmenter son pécule pour les jours difficiles.  Voilà de quoi rendre le sourire aux amateurs de viande frustrés…

 Tout est relatif. Dans l’édition du 16 février de Midi Madagasikara, R. O constate que le nouveau président du Sénat fraîchement renouvelé a été doté d’un parc automobile qui ne fait pas honneur à ses fonctions. A la lecture de l’article, on se demande si, de même que l’habit fait le moine dans la langue française, le nombre et le prestige des véhicules font la fonction dans le monde politique malgache. Nous autres simples contribuables sommes effectivement plus sensibles à l’image de ceux qui nous représentent ou ceux que nous avons élus qu’à leurs compétences effectives. Si l’un d’entre eux voulait un jour circuler à pied dans nos rues, il perdrait immédiatement tout crédit à nos yeux. Pire encore s’il venait à se montrer dans une voiture de très moyenne gamme. Cela pourrait prêter à rire si nous ne vivions pas dans le pays le plus pauvre du monde (nous n’allons pas chipoter pour une ou deux places). Mais cela se passe dans ce pays où le goût de la viande de zébu n’est plus qu’un lointain souvenir pour un grand nombre de citoyens.  Enfin, tout est relatif…

Kemba Ranavela

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