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Chronique : je fais, tu fais, il fait, nous faisons (peut-être)…

«Inona no ataontsika ?».  Elève respectueux de la lettre, vous imaginez que derrière cette question se profilent des individus enthousiastes et dynamiques, impatients de passer à l’action. Que nenni… Cette question fait partie des phrases favorites de notre pays, qui ne se distingue ni par son enthousiasme, ni par son dynamisme. Peut-être par son impatience ? S’il vous prenait l’envie d’évaluer pour une journée la fréquence de cette question, anodine en apparence, vous seriez sidéré. Pour comprendre pourquoi ces trois petits mots sont aussi récurrents que les salutations d’usage dans notre quotidien, observons plutôt une traduction libre : «Inona no ataontsika ?». En français, vous diriez : «Quelle décision allez-vous prendre pour me (nous) sortir du pétrin ? Je m’en remets à votre vivacité d’esprit et à votre (éventuel) sens des responsabilités. Pour ma part, je n’ai aucune solution à vous proposer mais suis entièrement disposé à prendre en considération ce que vous voudrez bien soumettre à mon humble entendement». La formule est un peu longuette, certes, mais autrement plus explicite qu’un laconique et insipide «Qu’allons-nous faire ?». Laissons une généreuse place à la patience et oublions l’enthousiasme et le dynamisme. A fortiori quand celui à qui on pose la question opte pour une réponse miroir ; il faut alors trouver un troisième larron qui, avec un peu de chance, osera rompre la chaîne interminable des «inona no ataontsika». Reprenez donc l’expérience du décompte de la fameuse question et vous vous apercevrez très vite que les maillons de la chaîne sont particulièrement solides.

Il est toujours très tentant de faire de l’humour à peu de frais. Ce serait vain et n’expliquerait pas plus la force d’inertie qui nous maintient corsetés dans un inextricable lacis d’obligations, de frilosité et même de craintes. Désinvolture, indifférence, passivité ? La connotation est manifestement négative, empreinte de préjugés tout droit venus d’un occident où l’individu est désormais invité à exprimer un avis sur tout. Alors peut-être bienséance, urbanité ?  C’est déjà plus agréable à entendre. Ou encore flegme malgache ? Après tout, à ce jour, les Britanniques n’ont pas déposé de brevet pour leur légendaire flegme. La question reste ouverte mais c’est probablement dans une combinaison pas très heureuse de subordination et de détachement qu’il faut chercher un début de réponse. Tout cela est bel et bon mais que ferons-nous une fois que nous aurons trouvé la réponse ? Je vous le demande : qu’allons-nous faire ?

Kemba Ranavela

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