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Gilbert Raharizatovo : «La gouvernance est avant tout un dialogue permanent»

Gilbert Raharizatovo : «La gouvernance est avant tout un dialogue permanent»

Alors que le régime entame la seconde partie de son mandat, l’analyste politique et ancien ministre Gilbert Raharizatovo se projette dans l’avenir. Interview.

*Les Nouvelles : 2015 a été une année très difficile. Observerait-on encore la même tendance cette année ou existerait-il un redressement plus positif de la courbe ?

– Raharizatovo : L’Etat est dans l’obligation de trouver la voie vers un véritable changement. Certes, on a parlé d’un frémissement de l’économie en 2015 mais la population, fortement affectée par une situation de crise persistante, est devenue de plus en plus impatiente et ne tolèrera plus un immobilisme à son égard. Le Président de la République a parlé dans son discours de vœux d’un engagement impératif et concret dans le quotidien de la population. C’est une bonne chose et il faut accompagner cette déclaration de réalisations concrètes dans les plus brefs délais. Il faut maintenant marquer un vrai nouveau départ.

* Quelles conditions favorables peuvent-elles garantir ce nouveau départ ?

– La garantie basique est la volonté politique du gouvernement d’entreprendre des réformes et des vrais changements. C’est pour cette raison que je parle d’un nouveau départ pour rompre définitivement avec les mauvaises pratiques du passé et oser innover avec un peu plus de créativité, d’organisation et de vision en élargissant le cercle des intervenants notamment vis-à-vis de nos élites intellectuelles très mal considérées depuis toujours et en cherchant à tout prix l’adhésion de la population. L’Etat doit renforcer son système de communication pour que la population en général se sente concernée par tout ce que le régime entreprend. D’ailleurs la gouvernance est avant tout un dialogue permanent entre les gouvernants et les gouvernés. Ce sont d’abord et avant tout les conditions sine qua non de ce nouveau départ qu’il faut entamer.

* Mais vous minimisez le volet financier. N’êtes-vous pas trop optimiste ?

– Raisonnons d’abord en termes d’idées, de programmes et de réformes avant de parler des moyens financiers. Parler d’argent avant la mise en place du projet est depuis toujours notre impardonnable péché. Nous avons conditionné notre réussite par l’argent alors que le développement est d’abord en nous, dans nos comportements et fonctionnements, dans notre façon de nous organiser, dans notre rêve à propos des objectifs que nous voulons atteindre. Nous avons basé ce que nous voulons faire sur la seule condition, l’argent alors que d’une manière rationnelle, pragmatique et logique, c’est ce que nous voulons réaliser avec ses éventuels impacts qui drainera le volume de financement nécessaire. Il faut que le projet soit d’abord bien monté et bancable avec un environnement assaini pour pouvoir, par la suite, raisonner en termes de volume de financement, sinon ce n’est pas seulement la charrette avant les bœufs mais aussi de l’argent jeté par la fenêtre, comme on dit.

* Vous parlez de volonté politique mais qu’en est-il du changement de la mentalité ?

– La théorie marxiste dit que le comportement est conditionné par l’environnement où évolue le sujet. Ne parle-t-on pas aussi de déterminisme géographique ? C’est pour affirmer clairement que parler de changement de mentalité des citoyens adultes par un seul discours dans un contexte difficile est déplacé. La responsabilité revient aux dirigeants, toujours avec un peu plus de créativité et d’imagination. Pour comprendre l’Etat de droit et de s’y conformer, il faut que la population vive à chaque recoin de son quotidien la rigueur, la discipline, le respect des autres, etc. Mais, à la place, elle ne voit que des ordures, de l’anarchie, de la violence et elle n’entend chaque jour que des trafics illicites de bois de rose, des copinages, une justice qui tranche à coups d’argent, des gros bonnets qui volent ses terres et on veut une population respectueuse des lois en vigueur. Bref l’Etat doit créer rapidement cet environnement assaini. Il y a mille choses à créer dans ce sens et les responsabilités incombent à tous les responsables étatiques.

* Comment créer cette dynamique que vous évoquez ?

– La cohérence des actions est de rigueur au sommet de l’Etat. Il faut une connaissance précise du point de départ et une vision claire des objectifs. Le point de départ étant la définition stricte de la priorité de nos priorités dans nos mille difficultés, ce secteur aura des effets transversaux sous forme de leviers qui mobilisent en même temps les autres secteurs. Je prends l’exemple des mines en général et de l’or en particulier. Si on arrive à canaliser nos produits aurifères et les autres pierres précieuses vers notre banque centrale, ils constitueront sans conteste de l’encaisse métallique importante.

Parfois, nous sommes trop incohérents et trop dispersés dans nos actions et il est tout à fait normal que la population ne sente pas les résultats. Il est complètement aberrant par exemple de fermer tous les collèges et lycées agricoles alors que notre économie est à vocation rurale. C’est un crime de délaisser depuis des années les écoles normales de formation pédagogique pour seulement recruter des instituteurs fraîchement sortis des lycées et sans aucune connaissance en matière de science de l’éducation et d’enseignement. C’est une erreur colossale de ne pas faire du sport et de la culture des priorités absolues car c’est seulement dans ces secteurs qu’on peut mobiliser la masse, créer la fierté nationale et retrouver l’identité nationale.

*Dans cette vision globale, le risque majeur est cette volonté de vivre en autarcie…

– On ne peut pas vivre en vase clos dans ce monde globalisé et son village planétaire. Par contre, pour réussir dans le développement national, l’effort doit d’abord être interne. Trop compter sur les autres est une marque d’absence de maturité et d’organisation. D’ailleurs si on veut que les autres viennent à notre rescousse, il faut que nous ayons la capacité de faire la moitié du chemin par nos propres efforts.

Propos recueillis

par Jao Patricius

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