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Pérégrinations hebdomadaires: un mouvement bouleversant sans nom

Les troubles qui remuent actuellement la France ne sauraient laisser indifférente toute personne soucieuse des évènements qui ont des chances de faire bouger les populations de la planète. Fidèle à sa réputation le peuple de France par son génie d’imagination s’invente une nouvelle forme de révolte pour secouer le joug du système sous lequel il ploie. Tellement inattendue la forme du soulèvement qu’elle échappe à toute définition connue autant qu’elle désarçonne aussi bien le pouvoir que les observateurs. Des politologues ont tenté d’y voir une jacquerie, sauf que même si par la forme spontanée le soulèvement y trouve référence, la révolte populaire dépasse la base paysanne dont une partie n’a fait que prendre le train en marche. Difficile du reste de dire à chaud toutes les raisons qui ont fait au mouvement un succès d’une telle ampleur, alors que ne se cachent pas les individualités seulement en petit nombre auxquelles revient le mérite de l’initiative dont le développement très vite les a dépassées et la direction leur échappé. Protéiformes les manifestations n’ont de commun qu’à émettre des revendications, circonstance qui laisse place à des revendications de tous ordres. Il reste toutefois un objectif cardinal vers lequel tendent toutes les causes :

« assez d’un système générateur d’iniquité ! ». Ce point de vue semble par lui-même radical puisqu’il sous-tend une remise à plat d’un système qui a produit une situation inique dans laquelle les inégalités culminent à être intolérables. Une révolution qui ne dit pas son nom.

Le mouvement au-delà d’une sympathie majoritaire dont il bénéficie auprès de la population, présente le handicap de n’avoir aucune structure définissant les rôles et répartissant ceux-ci entre tête et membres, ses adversaires trouveraient son talon d’Achille dès qu’ils auront découvert l’endroit où se terre un ventre mou. Les corps intermédiaires qui forment l’ossature du système, (organisations politiques, syndicales, voire associatives…) sont tous vent debout à la recherche de ce levier pour récupérer à leur avantage les bénéfices de la secousse, davantage dans le but de renforcer leur position à l’intérieur du système qu’avec le dessein d’y provoquer un profond bouleversement dont les conséquences révolutionneraient la société. Le mouvement pourrait avorter de son objectif, demeure toutefois que la graine est semée. Menace du bouleversement climatique aidant, volonté populaire d’une répartition égale des produits de richesses et des nocivités de leur production étant, la nécessité de réglementer autrement les modes comportementaux et les relations avec autrui et à l’égard de la société se fait impérieuse tant à l’intérieur des nations qu’à l’échelle internationale cette nécessité surgit sans crier gare et se présente telle une obligation incontournable. Ainsi se trouve la conclusion que tirent du phénomène « gilet jaune » nombreux analystes de la vie publique. Jaune aujourd’hui le phénomène peut revêtir ailleurs d’autres couleurs demain, mais ne sera plus phénomène puisque la multiplicité des reproductions fera perdre à la manifestation son caractère extraordinaire.

Pour le moment la surprise que créent ces événements et le côté grandiose d’une guérilla qui éclate au centre d’une des plus prestigieuses cités au monde attirent la curiosité, mais le spectacle retient surtout l’intérêt des populations de nombreux pays à travers la planète parce qu’elles ont l’intuition d’y trouver un prototype, et  que déjà d’avance les dirigeants de ces pays s’inquiètent se demandant à quand leur tour. Nombre de personnes bien-pensantes décryptent en effet dans le spectacle, des signes spécifiques d’un prototype dont le schéma telle une épidémie se répandra à travers le monde, peut-être en épousant des formes particulières.

A l’intérieur des frontières la répartition équitable ne s’arrêtera plus à être un idéal vers lequel on tend, elle a des chances d’intégrer l’objectif et le combat de la gouvernance, avec une exigence de résultat présentant en sanction l’usage du dégagisme. Un néologisme expressif d’une tendance vers laquelle oriente le progrès.

En tous les domaines avec le progrès on ne finit pas d’affiner la perception que l’on peut en éprouver. Ainsi le «ressenti» présente une nouvelle formule de mesure pour appréhender les faits, on calcule le degré d’un ressenti du froid différent de la température enregistrée. On en avait vaguement conscience sans s’y être attardé, « au soleil la misère serait plus facile à supporter » chantent les paroles d’un grand compositeur. Les mouvements de foules qui au risque de perdre la vie désertent par milliers leurs pays au soleil pour tenter leur chance dans des endroits aux hivers plus rigoureux témoignent que des paramètres autres que le beau temps dictent le ressenti de la vie.

La recherche d’équité ne prête pas à surprendre tant que ça. Depuis quelques années des précurseurs militent en ce sens et tentent des expériences pour sensibiliser l’opinion sur le sujet, s’en sont suivies des initiatives expérimentales jusqu’à investir l’espace du commerce (espace symbole où s’exerce au mieux la recherche de profit) par l’institution d’un système de «commerce équitable» sans que cela n’ait prêté à rire.

Une fois encore à l’avant-garde la France avec le phénomène des gilets jaunes ouvre une brèche qui menace ou promet (c’est selon) de déboucher sur un bouleversement dont l’aboutissement serait la transformation des nations en des espaces équitables, et des relations internationales en des rapports d’intérêts partagés à l’égal. Attacher les ceintures, comme vers tout bouleversement le chemin est cahoteux.

Léo Raz

 

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