Flash
Préc Suiv

Haingo Rasolofonjoa : la pauvreté est une création  des dirigeants mal prépares

Le candidat au dossard N°1 touche le point sensible de la vie nationale en évoquant la pauvreté dans un entretien à bâton rompu avec la presse. Les séquences d’analyse pour évoquer les erreurs humaines et les bouquets de solutions pour résoudre les problèmes à sa manière s’alternent dans une logique d’un expert hors norme et qui fait transparaître d’une manière claire que Haingo Rasolofonjoa maîtrise l’ensemble des sujets qui touchent l’ensemble de la vie nationale. Sans ambages et comme une volonté de relever le défi, il affirme que la pauvreté dans ce pays ne  relève uniquement  que des erreurs humaines et la solution n’est pas ailleurs. INTERVIEW

QUESTION : En tant que candidat à l’élection présidentielle, comment décrivez-vous l’aspect de la pauvreté à Madagascar ?

HAINGO RASOLOFONJOA : La statistique officielle parle d’une proportion alarmante de 92% de la population sous le seuil de la pauvreté. C’est un chiffre excessif qui explique clairement la faillite durant une très longue période de l’ensemble du système socioéconomique du pays. Les 8% restants représentent ceux qui ont pu résister tant bien que mal aux impacts de cette faillite et ceux de nantis qui ont pu se débrouiller par différents moyens pour  s’adapter à toutes circonstances et préserver leurs avantages dans cette mare de pauvreté. Bref, la pyramide sociale est simplement scindée en deux : la classe d’une petite minorité et le reste. On note logiquement l’absence de la classe moyenne qui voit au fil des temps son niveau de vie se dégringoler pour rejoindre les strates sociales de la base.

QUESTION : Quand vous parlez de faillite du système socioéconomique, s’agit-il d’une incrimination directe des différents tenants du pouvoir durant ces longues périodes comme vous dites ?

HAINGO RASOLOFONJOA : Certes, quand on cherche les causes profondes de ces fragilités récurrentes, les sociologues avancent la thèse des problèmes socioéconomiques à l’origine des instabilités politiques  tandis que les économistes avancent comme premiers facteurs de cette situation, l’absence d’une gestion rationnelle du pays par les politiques. En somme, on ne trouvera jamais l’unanimité dans ces genres de débats. Peu importe. Portons un cran d’arrêt à ces palabres futiles et mettons-nous en face des réalités et bâtir le futur ensemble. Critiquer le passé peut être une forme de communication de masse pour faire montre d’une volonté réelle de changer mais les intensions ne suffisent pas.

QUESNTION : Une fois élu, vous avez à briser ces cycles et ces cercles vicieux de la pauvreté. Quelle approche vous allez adopter pour avancer une solution à cette situation apparemment inextricable ?

HAINGO RASOLOFONJOA : Vouloir tout résoudre en même temps est une pure démagogie. Quand on est en face des problèmes à la fois généralisés et en chaîne, il faut savoir  hiérarchiser les problèmes et identifier la priorité des priorités. La priorité est d’abord l’existence d’un Etat crédible, écouté et suivi. Sa crédibilité repose sur sa connaissance parfaite des besoins fondamentaux de la population. On l’écoute et on le suit dans ses décisions et ses programmes  quand il y a une convergence réelle de ses actions et de ces besoins fondamentaux  de la population. Quand les différentes composantes de cette population se sentent concernées par les actions de l’Etat et jouissent directement de leurs retombées, l’adhésion populaire est effective. Pendant la première République, « la politique du ventre » basée sur la réalisation des travaux au ras du sol a connu un succès populaire immense et a été les premiers facteurs des réels frémissements au niveau de l’économie rurale. Cela a pu transformer peu à peu ces économies de subsistance en économie de marché. Ces actions sont à reprendre, à redynamiser et à développer pour donner une vraie impulsion à cette économie rurale très fondamentale pour l’économie nationale et notamment pour être la base du démarrage de la lutte contre la pauvreté. J’insiste sur cette économie rurale car cela englobe les 85% de la population non seulement en termes de lutte contre la pauvreté mais en ayant surtout des effets d’entraînements rapides et effectifs sur l’ensemble du système économique en général.

Actuellement les donnes sont différentes. Nous avons à créer les différents centres de formation agricole, à organiser les espaces pour mettre en valeurs des nouvelles superficies qui rendent possibles la mécanisation agricole et les spécialisations régionales, à maîtriser les eaux qui dévalent nos reliefs et qu’on a laissées se perdre gratuitement dans l’océan, à construire les voies des dessertes, à créer des petites unités de transformation des produits adaptables à chaque étapes franchies et à mettre en place une banque nationale de développement agricole. Avant de rêver de devenir  grenier de l’Océan Indien, parlons des choses simples de notre autosuffisance d’abord. Les temps perdus se rattraperont toujours quand nous arrivons à valoriser dignement cette terre nourricière et bloquer ces importations insensées sources d’hémorragie des devises alors qu’on peut tout avoir sur place.

QUESTION : A vous suivre dans vos raisonnements,vous avez tendance à axer uniquement le développement national sur le seul développement agricole ?

HAINGO RASOLOFONJOA : Pas du tout. L’agriculture n’est que la base ciblée pour être le centre de gravité de la lutte rapide et efficace contre la pauvreté et pour enclencher rapidement aussi les leviers des effets d’entraînement rapide. Nous avons quelques secteurs prioritaires importants en termes de potentialités en valeur réelle comme les mines, les services d’externalisation, les richesses halieutiques, l’industrie touristique ou industrie en général. Si les uns sont encore au stade de frémissement, les autres ont déjà des places importantes dans la valeur des produits intérieurs bruts et dans la création d’emploi. Ces secteurs sont encore sujets à des multiples problèmes dont notamment l’environnement global des investissements et des affaires, le manque des mains d’œuvre et des cadres spécialisés qui demande encore à moyen terme une réforme drastique de notre politique de formation professionnelle, le niveau de la qualité de service. Il nous faut du temps suffisant pour tout réorganiser et tout remettre en place pour être à peu près en équilibre avec les apports extérieurs dans la mise en branle de ces secteurs. L’Etat doit protéger les structures industrielles déjà existantes face aux assauts des importations sauvages par exemple. Ce n’est pas du protectionnisme aveugle mais en quelque sorte du patriotisme économique. Il existe des industries nationales qui peinent à se développer malgré le fait qu’elles aient déjà  presque le statut des véritables patrimoines nationaux par leur longévité au service des consommateurs malagasy et souffrent de peu de souci de l’Etat à leur égard. Il existe des opérateurs économiques et hommes d’affaires qui sont là depuis des générations sans que l’Etat se soucie de les décloisonner de leur statut de minorité. Des détails qui sont par contre très signifiants si on veut créer une synergie nationale dans le sens du développement socioéconomique.

Je dois vous affirmer que la pauvreté à Madagascar est toute une création humaine, due à une très mauvaise appréciation des besoins fondamentaux de la population et à une identification erronée de la priorité. La solution n’est pas ailleurs ; elle est sur place mais faut-il d’abord une bonne vision des choses et non des solutions artificielles venues de l’extérieur en solution de facilité qui risque de tout jeter dans l’escarcelle des autres.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas rendue publique