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Chronique: courage obligé

Un petit souffle d’aise, les jeux sont faits rien ne va plus ! Cette phrase traditionnelle du croupier avant de mettre en branle la roulette induit parfois à une méprise : rien ne va va plus signifie tout va à l’inverse de ce que l’on pourrait croire, personne ne saurait plus changer ni les mises ni la donne, reste au sort de désigner le gagnant. Certes les élections ne se réduisent pas à une question de chance, l’issue dépend des seuls suffrages exprimés par les électeurs. Jusqu’à la dernière minute le doute a régné sur la tenue de la présidentielle à la date arrêtée du 7 novembre de cette année. Circulaient toutes sortes de bruits se contredisant à propos de la décision du président en poste d’accepter ou non de démissionner ainsi que l’exige la constitution du fait qu’il s’est porté candidat à sa succession. Il l’a fait, s’il n’y a pas lieu à féliciter ceux qui ne font que se soumettre à une disposition légale, on peut se féliciter du fait que l’atmosphère s’est détendu, soulagement d’avoir évité le pire. Suite à de telles tergiversations de sa part, le public s’est interrogé sur les raisons de cette hésitation : n’avait-il pas le courage de quitter les délices du poste, ou bien avait-il peur d’aller au front sans les avantages de la fonction ?

Dans la confrontation il est celui qui a le plus à perdre, outre l’insuccès rencontré par ses propositions pour l’avenir, une défaite équivaudrait à une gifle sanctionnant le bilan du mandat qu’il a écourté par prétention de se succéder à lui-même. Peut-être la part d’objectivité qui lui restait, l’a conduit à évaluer ses chances de gagner au mieux à l’égal des risques de ramasser une veste. Comme tous les candidats, (outre les mercenaires qui vont au charbon sur commande pour fausser le jeu) Monsieur Rajaonarimampianina joue la méthode Coué clamant haut et fort sa conviction de remporter la victoire, ce qui n’empêche pas à l’intérieur de vivre les affres d’une appréhension d’avoir à subir une défaite. Il avait le choix, choix s’apparentant à un dilemme. Sachant les insuffisances du bilan à convaincre d’une bonne gouvernance, s’abstenir eût été faire preuve de réalisme mais un aveu sans panache, à l’opposé aller au combat témoigne d’une intrépide témérité, le courage de faire face à la défaite. Mais sait-on jamais la surprise que réserve une inconnue ! L’issue de l’élection est une inconnue à deux tours. L’éventualité de la voir réduite à une inconnue à un seul tour constitue à la fois un épouvantail que chacun voudrait pouvoir agiter pour effrayer les adversaires, qu’un jeu de diablotin voire une manipulation diabolique dont chacun voudrait exorciser la réalité, malgré le vœu de bénéficier d’un tel miracle en sa faveur.

 

Léo Raz

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