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Chronique: j’ai mal à mes certitudes

Dans la capitale, les épreuves de sport du baccalauréat 2018 ont débuté il y a deux semaines. Chaque jour, on compte trois jeunes filles enceintes parmi les candidates. Si on le sait, c’est parce que ces jeunes filles font des malaises et qu’elles avouent, pas spontanément, on s’en doute, la raison de ces malaises. Trois chaque jour… Cela fait beaucoup. On impute ce nombre particulièrement élevé aux longues semaines de grève des enseignants des établissements publics. Le raccourci prêterait à sourire si les conséquences n’étaient pas dramatiques pour ces jeunes filles qui ne seront pas bachelières cette année et probablement pas l’année prochaine.

A l’annonce de ces chiffres, les réactions sont surprenantes. Ici, la morale bien-pensante incrimine les adolescentes imprudentes qui ont joué avec le feu. Là, on s’autorise quelques réflexions grivoises sur ces demoiselles qui ne connaissent rien à la contraception. Si les remarques varient suivant les camps, ici et là s’accordent sur un point : ces tristes anecdotes sont des histoires de femmes. Ces jeunes filles portent seules la responsabilité de leurs actes et de leur ignorance, comme s’il n’y avait pas d’homme (de garçon, d’adolescent) dans ces histoires qui, de fait, marqueront les candidates éliminées après les épreuves de sport, bien plus que le petit copain qui passera peut-être les fêtes de fin d’année le baccalauréat en poche.

On peut continuer à faire l’autruche et prôner l’abstinence comme remède infaillible à ces trop nombreux accidents qui hypothèquent l’avenir de nos jeunes filles. C’est s’assurer de tristes anecdotes demain, après-demain, que les enseignants se mettent en grève ou qu’ils assurent leurs cours. On peut oser le pragmatisme et arrêter les discours qui diabolisent la contraception : non, la pilule ne rend pas nécessairement stérile ; non, la contraception ne rend pas les filles plus frivoles.

Oser le pragmatisme, bien sûr, c’est ébranler le socle de nos certitudes. Et ça… C’est grave, docteur ?

 

Kemba Ranavela

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