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Pérégrinations Hebdomadaires: course en équipe

Les élections s’apparentent souvent à des compétitions sportives, dès la phase de préparation les concurrents tentent d’impressionner le public pour conquérir les faveurs des pronostics. Le départ n’est pas donné qu’il en est certains qui prennent de l’avance, et que déjà pour les contrer se manifestent des initiatives de contre-attaque pour ne pas laisser un échappé mener tout seul course en tête. Aujourd’ hui l’élection présidentielle prend une tournure nouvelle, celle d’une course par équipe à l’instar des courses de bicyclettes par étapes tel le Tour de France. On aurait pu considérer comme simple ragot la rumeur qui répandait des histoires de mercenariat au sein du peloton, seulement l’actualité révèle qu’alors qu’il ne s’agit que d’une course individuelle au terme de laquelle il n’y aura qu’un seul vainqueur, des candidats ne le sont que pour assumer un rôle de porteur-d’eau, à la solde d’un sponsor qui ne saurait être que l’un d’eux, un qui est déçu de sa foi à avoir course gagnée à l’avance, obligé d’adopter d’autres stratégies jusqu’à vouloir fausser la course.

Premier objectif raté

Le président en exercice n’a pas économisé d’occasions pour réunir des foules et mettre à profit ces cérémonies officielles pour en tirer des profits personnels en y mêlant discours de campagne. Mais au bout du compte à l’égal du  quinquennat, cette campagne qui ne dit pas son nom révèle un bilan moins que médiocre. Un simple calcul conseille de gagner du temps d’autant plus que l’heure de démissionner sonne et que démuni du pouvoir lié à la fonction il lui serait difficile d’inverser la tendance. Par bonheur pour lui, un gros peloton de concurrents a manifesté la volonté de combattre la tenue de l’élection pour laquelle pourtant ils ont déposé candidature et obtenu par la publication de la liste officielle confirmation de leur admission à participer à la course. L’ancien président Didier Ratsiraka se découvre comme principal animateur de ceux qui réclament le report de la tenue de la présidentielle. L’amiral justifie son implication dans ce combat d’arrière-garde en invoquant son obligation que lui dicte son statut de militaire face au danger que court la patrie. Il ne recule devant rien pour dresser un constat catastrophique afin de conclure sur l’imminence du péril qui menace. A l’opposé il conviendrait sûrement au préalable de comparer les chances de chaque menace d’apparaitre pour mieux gérer la situation de danger. Sans chercher à nier le risque d’apparition de troubles au lendemain des élections, on ne saurait ignorer que maintenant que la majorité de la population même sans trop y croire parie sur la possibilité de mettre fin au système actuel. Priver cette majorité de courir cette chance pourrait provoquer des troubles autrement plus destructeurs que ce que déclencheraient des contestations des résultats. Même si l’on concède que les règles qui régissent cette élection comportent des dispositions discutables, que n’a-t-on déployé la même ardeur à temps voulu plutôt qu’à recourir à des motifs dilatoires alors qu’il n’est plus temps. Bizarrement ce sont ceux qui auraient le plus à se plaindre de la législation actuelle qui affirment une grande détermination pour que l’élection se déroule le jour prévu. Contre mauvaise fortune ils font bon cœur, se satisfaisant du maintien de l’obligation faite au titulaire du poste de démissionner s’il veut concourir. L’atmosphère tendu ces jours-ci a justement pour cause les rumeurs véhiculant diverses supputations autour de cette démission. Le président en poste, ainsi qu’on le craint dans une majorité de l’opinion, hésiterait-il vraiment à accepter de se soumettre à cette obligation, ou une petite idée de revanche teintée de sadisme le pousserait à entretenir un suspense jusqu’au dernier moment. Le risque qu’il court à poursuivre ce petit jeu, est trop important que sans jouer les devins on court peu de risque à annoncer qu’il y mettra fin avant qu’il ne soit trop tard. A moins que… On ne peut en effet éliminer aucune hypothèse tant cette fin de mandat prend des allures de fin de règne. Se serait-on accrocher à l’espoir de prolonger un tant soit peu la durée de la jouissance dans la fonction, que bousculé par la réalité on précipite les choses sans plus avoir le loisir de soigner sa sortie.

Sortie loupée

Ni élégance des gestes, ni élévation de l’esprit pour respecter la rectitude qui sied en la circonstance, n’auront caractérisé le départ. Outre ce suspense qui empoisonne l’atmosphère, les dernières décisions prises au cours du dernier conseil de ministres présidé par Hery Rajaonarimampianina ont fait fi des usages qui honorent la fonction. Une litanie de nominations et de promotions a sonné le glas. A croire qu’à défaut d’avoir pu pratiquer une politique de la terre brûlée, on s’est évertué à faucher l’herbe sous les pieds du successeur. On en est venu jusqu’à réaliser des performances. Personne n’ignore les difficultés du Président Hery Rajaonarimampianina à prendre une décision, il a fallu quatre ans avant qu’il ne parvienne à arrêter son choix sur le nom de quelques individus qu’il a désignés à des postes d’ambassadeurs, puis comme pour faire un pied de nez au prochain qu’il sait peut-être ne pas être lui, il nomme un ambassadeur le dernier jour où il a encore le pouvoir de le faire. Ce n’est pas faire dans la dentelle : d’élégance et de vertu républicaine on connait mieux.

 

Léo Raz

 

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