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Chronique: les vazaha de M.

M. est un gros village quelque part dans l’ouest. A vol d’oiseau, le canal du Mozambique n’est pas très loin. Mais à M., rares sont ceux qui ont vu la mer. En revanche, à M., tout le monde a vu des vazaha. N’allez pas imaginer que ces vazaha sont des étrangers à la peau claire, en route pour l’allée des baobabs. Pourquoi pas ? Parce que si M. n’est pas très loin des circuits touristiques, à vol d’oiseau seulement, les touristes ne risquent pas de s’égarer pas sur le chemin qui mène à M.

Ces derniers temps, il y a pourtant beaucoup de vazaha à M. On les reconnaît à leurs armes et à leur tenue, ils portent tous la même. Ces vazaha-là parlent malgache, comme vous, moi et beaucoup d’autres, mais pas tout à fait comme les gens de M. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles on les appelle des vazaha.

Ils sont de passage dans le village, un passage qui s’éternise. On n’ose pas leur demander combien de temps ils comptent rester, ce serait malvenu. Ces vazaha-là se sont invités à M. pour assurer la protection des villageois, de leurs cases et de leur cheptel. Ils resteront donc tant que M. et ses alentours seront une zone rouge.

La nuit, il faut bien le dire, c’est rassurant de les savoir dans le village. A la tombée du jour, on rejoint sa case et on s’y barricade en espérant que les coups de feu ne réveilleront pas les enfants. Mais dans leurs cases, les vahiny et les mpiavy ne sentent pas en sécurité. Ils préfèrent laisser leurs effets personnels à la merci de ceux qui voudront les prendre et passer la nuit dans les mêmes bâtiments que les vazaha aux armes dissuasives.

Les vazaha quittent M. D’autres les remplacent. Et à M., on se surprend à rêver d’ailleurs, de la mer, de la grande ville et pourquoi pas de la capitale. On s’imagine loin des rues poussiéreuses du village, on se voit parader dans de belles toilettes, au bras d’un de ces vazaha dont on aimerait bien qu’il nous emmène dans ses bagages. Celui-ci refuse ? On essaiera avec celui-là.

A M., la vie continue.

Kemba Ranavela

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