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Chronique: au bal des relous et chelous

On ne va quand-même pas faire de cette élection le bal de la dernière chance pour le pays, même si certains candidats en s’y glissant tentent d’esquisser les pas de leur dernière valse. Il n’y manque certes pas d’aventuriers qui croient participer à un bal de ripoux, tant pis pour leurs fesses s’ils s’étalent sur le parquet ciré à cet effet. Quelles que soient les manœuvres entreprises pour piéger cette consultation populaire, à l’opposé l’opinion l’espère la première du genre : ne pas en faire une simple formalité, mais inaugurer une formule qui par la sincérité des résultats élève une élection à dire la vraie volonté du peuple.

Jusqu’ici l’on n’a effet effectué en majorité que des élections-trahisons, de celles qui ne prêtent pas aux élus le mérite de pavaner autant qu’ils ont tendance à le faire. Ce n’est pas pour autant non plus qu’à l’inverse tous ne méritent que de se couvrir de cendres, seulement l’élégance réclame de leur part de faire dans la modestie en considération de la situation dans laquelle se trouvent le pays et la population.

La population, donc chaque citoyen, à fortiori chaque électeur inscrit sur la liste électorale, trouve sa responsabilité engagée particulièrement dans cette élection, qui devrait être inaugurale d’une nouvelle ère. L’abstention vaudrait ainsi démission de participation à la volonté populaire et à l’avance vaudrait renonciation au droit de critiquer par la suite. Le taux de participation permettra à lui seul de mesurer l’importance que le peuple accorde à la démocratie, et en équivalent de ceindre de légitimité la légalité des résultats. Aussi on s’interroge sur ces initiatives extrémistes par lesquelles des acteurs manifestent une prétention d’être plus royalistes que le roi. Il revient à l’esprit les meneurs de ce mouvement autoproclamé «légaliste», meneurs auxquels il a suffi de jeter quelques kopecks  et d’offrir une niche pour les voir se coucher sous les draps du lit qu’ils qualifiaient d’illégal la veille. Aujourd’hui il n’est plus temps de réclamer l’annulation du décret convoquant les électeurs à la date du 7 Novembre de cette année, cette initiative ne peut qu’en rajouter aux troubles qui planent, alors que contribuer à établir un climat de sérénité apparait à l’évidence comme la première obligation citoyenne afin que l’on réussisse à donner à cette épreuve une valeur d’exemple de maturité.

Encore heureux que la démocratie entend que chaque électeur dispose de la liberté d’exprimer son suffrage en faveur de celui qu’il estime le meilleur à défendre ses intérêts personnels confondus dans l’intérêt général. A cet effet il serait mal venu de se plaindre d’une restriction des possibilités de choix, un plateau de 36 concurrents ! Il faut concéder qu’un premier tri suffirait peut-être à restreindre l’éventaire, on ne peut toutefois que s’en consoler à l’idée que pareille à la plus belle femme au monde, la société telle qu’elle est, ne peut offrir autre palette qu’à l’égal des gens que composent son image.

Nombreux candidats esquissent des projets de société qu’ils se proposent de construire en avançant des programmes d’actions. Il appartient aux électeurs qui en ont les moyens de mettre les points sur les i et les barres aux t pour attirer les débats sur les terrains des priorités davantage qu’à se complaire dans les rêves dans lesquels on les berce et dans les mirages qu’on leur fait miroiter. Rêves et mirages ne sont souvent que fruits de simples resucées, mais il est des propositions nouvelles qui sillonnent des terres en friche et méritent que l’on s’y penche en y accordant bonne attention et sérieuse réflexion. La question demeure pourtant plus prosaïque pour la majorité de la population et se résume à la demande d’une réponse : « par quelle magie parviendra-t-on à améliorer la quantité de riz dans l’assiette des personnes en difficulté qui constituent la majorité des électeurs ? ». La question n’exprime pas nécessairement un souci d’égoïsme, à moins de penser que tout le monde le soit, l’individualisme dicte de plus en plus les réactions des uns et des autres et incline chacun à voir midi à sa porte pour orienter son choix. Les candidats en sont conscients, fute-futes ils s’en accommodent en variant de sujets à traiter, affinent le message en fonction des cibles d’un instant, ajustent leur discours à l’attente de l’auditoire du moment. Ils se ménagent leur aise en rassurant les parents d’élèves par le projet d’élever le niveau d’enseignement, et tentent de conquérir la sympathie des milieux d’affaires par la confirmation d’une volonté à diminuer les charges patronales dans la perspective de favoriser la création d’emplois… Ceux qui sortent du pouvoir ne seront pas toujours libres du choix des débats avec le public, le public aura tendance à les interroger sur des sujets que eux préfèreraient souvent ne pas aborder. Si on leur demandait leur avis, ils souhaiteraient entre autres, interroger sur les raisons de la chute del’ariary depuis leur arrivée au pouvoir un tabou, autant que débattre autour de l’aggravation du climat d’insécurité. Évidemment que pour exorciser l’embarras dans cette posture, à l’instar d’un ancien premier ministre de la 4ième République, on peut faire preuve d’une témérité emplie de cynisme, en promettant détenir une formule imparable pour vaincre l’insécurité. Plus braillard que Baillard sans peur sans reproche, il n’a pas imaginé l’hypothèse que l’on lui retourne la question : «gros malin, que n’a-t-il pas déployé son art du temps où il régnait à Mahazoarivo ?». Réponse à tout, monsieur attend d’être à Iavoloha.

Léo Raz

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