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Chronique: lorsque les papyrus sont bien serrés…

Dans notre société «chaque membre n’est qu’ un élément du groupe»1.  Le moindre changement fait craindre le chaos, l’ordre est immobilisme, l’introspection représente un danger majeur pour  notre idéal sociétal.

Dès le plus jeune âge, nous baignons dans un climat de peur, cultivé et entretenu pour rendre très douloureuse toute tentative d’émancipation. Eduqués dans un enchevêtrement de liens qui nous protègent du monde extérieur roa lahy miditra ala : izy tokiko ary izaho tokiny (deux hommes entrent dans la forêt : il est ma sûreté, je suis la sienne)1 ou encore ny zozoro matevina tsy lavon-drivotra (lorsque les papyrus sont bien serrés, ils résistent au vent)1 nous développons une «peur panique de la solitude»1.

Notre système éducatif ne déroge pas aux règles de la famille traditionnelle : il est en porte-à-faux avec les idéaux de l’école moderne qui accueille des individus qu’elle doit amener à l’autonomie en faisant des élèves des êtres responsables, confiants en leur avenir. Or, manifester une trop grande confiance en soi, c’est se mettre en avant donc prendre le risque de rompre avec le groupe social.

Pour éviter de briser l’harmonie prônée par nos anciens, nous nous sommes trouvé un ennemi qui a le mérite de mettre tout le monde d’accord : l’individualisme, cadeau empoi-

sonné offert par la culture consumériste occidentale. Comme c’est une menace extérieure, le blâme ne retombe sur personne, l’harmonie est sauve. Vous croyez être au-dessus de ces peurs irrationnelles ? Tsy milevina ampasan-drazana (ne pas avoir le droit d’être inhumé dans le caveau familial)1  est le coup de grâce qui remet les plus récalcitrants dans le droit chemin de l’harmonie et de l’ordre.

Pour Voankazoanala, il faut mener campagne contre la peur, la surmonter par l’éducation et briser la loi du silence. A l’école, nous étudions  ny lahatra, ny vintana, (le destin,) ny marina (la vérité), ny fihavanana (la parenté). Il faudra y ajouter ny tahotra (la peur), pour qu’on puisse réellement la dépasser.

 

Kemba Ranavela

 

1 Voankazoanala La peur, contrainte et dépassement, Foi et justice, 2014.

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