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Exposition: Madagascar, arts de la Grande Île

L’événement est majeur : « Madagascar. Arts de la Grande Île », au musée du quai Branly – Jacques Chirac à Paris rassemblera, dans quelques jours, près de 360 pièces représentatives d’un passé et d’un présent trop souvent ignorés, sauf des spécialistes. En voici quelques aspects en avant-première.

Il n’y avait pas eu en France de grande exposition sur la créativité malgache depuis 1946 et « Ethnographie de Madagascar ». Un connaisseur l’affirme dans la préface de Madagascar. Arts de la Grande Île : Stéphane Martin, président du musée du quai Branly – Jacques Chirac où se tient, du 18 septembre au 1er janvier, l’exposition du même titre que le catalogue que nous avons lu pour vous, proposant ainsi une sorte de visite en avant-première d’un événement qu’il faudra fréquenter si on passe par Paris au bon moment – à défaut, l’ouvrage coédité par le musée et Actes Sud sera là, et restera, pour servir d’introduction et de point de repère durable à cette abondante matière.

Aurélien Gaborit, responsable des collections Afrique au musée,  a assuré la réunion des pièces présentées dans cette exposition et a dirigé le catalogue auquel ont collaboré de nombreux et nombreuses spécialistes.

Notons d’abord que si l’exposition représente un parcours historique, celui-ci ne se limite pas au passé. Le présent est également convoqué, à travers la participation de Madame Zo, tisserande, Temandrota, plasticien, et Pierrot Men, photographe. Tous trois sont bien connus chez nous, ils le sont presque autant dans le monde entier tant ils témoignent d’un talent et d’une créativité inépuisables. On y ajoutera, pour faire bonne mesure, les interventions annoncées dans le cadre de l’exposition de chercheurs et d’artistes de diverses disciplines.

Au début du catalogue, plusieurs articles très documentés, et dans lesquels les auteurs se tiennent à une distance prudente de toutes les récupérations effectuées au fil du temps pour des raisons sociologiques ou politiques, fournissent une parfaite introduction à plusieurs niveaux. La géographie, y compris le climat, l’histoire, la démographie avec us et coutumes liés souvent à l’évolution économique sont présentées dans toute leur complexité bien que de manière limpide.

On note en particulier un chapitre passionnant rédigé par Philippe Beaujard et Chantal Radimilahy à propos de « La construction des cultures malgaches jusqu’au XVe siècle », que complètent des articles consacrés à quelques domaines précis : « Les manuscrits arabico-malgaches sorabe du pays antemoro » (Narivelo Rajaonarimanana et Philippe Beaujard), « Le site de Vohémar » (Bako Rasoarifetra) et « La cithare valiha à Madagascar » (Victor Randrianary).

A l’époque de la colonisation, une exposition d’art malgache se tint en 1909. Faranirina Rajaonah fournit tous les détails :

« L’exposition de 1909 sur l’art malgache a pour cadre le Tranovola, palais à deuxétages en bois édifié pour Radama Ier par le charpentier Louis Gros. Achevé en1820, il est embelli de galeries en 1823.

Victor Augagneur – alors gouverneur de l’île depuis 1905 – cherchant à se concilierune élite malgache, un décret permet à des Malgaches francisés de demanderla citoyenneté en 1909. La même année, à la satisfaction d’Antananariviens qui souhaitent pour leurs enfants une instruction proche de celle des jeunes Européens, il crée deux écoles payantes. C’est dans cette perspective que Charles Renel, directeur de l’Enseignement, lance le projet d’exposition.

Avant d’être nommé par Augagneur en 1907, Renel enseignait à Lyon. Resté dansla ligne de l’évolutionnisme social, il manifeste cependant un réel intérêt pour laculture malgache.

L’exposition est annoncée dans le Vaovao, édition malgache du Journal officiel,par affiches et par voie orale (kabary). Si l’histoire de l’art indigène est un domaineouvert à tout participant, les objets, quant à eux, sont réalisés exclusivementpar des Malgaches, des Africains ou des Asiatiques. Ils viennent de différentesrégions : neufs ou usagés, ils sont pour certains arrachés à leur environnement, comme des poteaux funéraires bara.

Grand Prix, le sculpteur Rakotosalama d’Antananarivo gagne 100 francs (trois foisla capitation). Le jury récompense des peintres connus, ainsi que des brodeuses,des dentellières et des tisserandes de lamba (une sorte de pagne tissé), pour leurstravaux exposés dans le mobilier de l’École professionnelle. Vannerie et sparterieattirent aussi son attention. Jean Paulhan, membre du jury, distingue des couvertsen bois sculpté du Sud, une boîte à miel zafimaniry et une canne de la bellecollection présentée au public, à côté de pagaies anciennes. L’accès à l’expositionest libre pour les Européens ; munis d’un billet gratuit, délivré par la mairie ou leservice de l’Enseignement, les indigènes sont admis certains jours. »

Puis viennent les études plus spécifiquement consacrées aux domaines artistiques, jamais coupés néanmoins du reste de l’existence dans la Grande Île.

La deuxième partie du catalogue est d’ailleurs intitulée « L’art malgache au jour le jour ». L’Occident impose sa marque à travers la colonisation – et donc, les pratiques des artistes français qui servent bien souvent d’enseignants, formateurs et même, dirait-on volontiers, déformateurs d’une relative spontanéité.

(Réflexion personnelle plus que résultat de la lecture du catalogue : la presse coloniale a souvent taxé les artistes malgaches d’imitateurs plutôt que de créateurs, sans tenir compte du fait que le système colonial lui-même avait creusé ce sillon en y maintenant fermement les « indigènes » à qui le recours à l’imagination était déconseillé au profit de techniques qui avaient fait leurs preuves – et suffisaient bien à des esprits qu’on n’imaginait pas, du côté de l’administration et de l’enseignement européens, aussi déliés que celui des colons. Fermons cette parenthèse.)

Photographie, peinture, sculpture, « design », parures sont l’objet d’exposés savants et pourtant accessibles.

Enfin s’ouvre, en troisième et dernière partie, les relations avec la « Spiritualité malgache », en passant par les croyances ancestrales, les religions importées, l’importance de la divination, etc. Le monde des morts occupe une place singulière qui mérite un traitement particulier, nous y venons par un aspect singulier qui traverse les époques.

Non sans avoir souligné, avant de conclure, la richesse inouïe d’un ouvrage représentatif de l’exposition à venir et qui a bénéficié, outre des collections du musée lui-même, de nombreux prêts de pièces venues de Madagascar et de France bien entendu ainsi que d’Allemagne, de Belgique du Canada, des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Particuliers et institutions ont ainsi contribué à une meilleure connaissance des arts malgaches.

L’aloalo traditionnel et ses versions modernes

Pour illustrer cette page, outre la couverture du catalogue, nous avons voulu montrer deux exemples de « poteaux funéraires », mieux connus chez nous sous leur nom malgache d’aloalo. Mais on n’en connaît souvent que ses versions traditionnelles, avec les représentations les plus anciennes des objets utilisés au quotidien par le défunt à qui il est consacré. Pourtant, l’aloalo a évolué comme la vie et intègre les éléments du monde moderne en même temps qu’il peut modifier les représentations les plus habituelles. On trouve donc, dans l’exposition comme sur cette page qui lui est consacrée, un aloalo traditionnel (photo Claude Germain) et un autre beaucoup plus moderne réalisé par l’artiste Jean-Jacques Efiaimbelo photo Léo Delafontaine, Claude Germain), présent au musée du quai Branly – Jacques Chirac avec plusieurs œuvres.

Autour de l’événement

Il est loin, le temps où une exposition était l’installation figée des collections que désire montrer un musée ou tout autre type d’institution. Aujourd’hui, un tel événement s’accompagne d’animations qui lui donnent plus de vie et aident à l’aborder avec toutes les chances d’en obtenir une meilleure compréhension.

Ainsi, à Paris, il y aura bien entendu des visites guidées mais aussi des visites « contées », histoire de donner une autre dimension aux salles qui accueillent l’exposition. Certaines de ces visites guidées sont conçues pour les familles.

A destination des enfants, des ateliers « Amulette de Madagascar » se tiendront à plusieurs reprises.

Le 29 septembre sera consacré au cinéma, avec la présentation du patrimoine sous la forme d’un coffret DVD, Kolosary Cinéma Malagasy, regroupant 11 films et la projection d’un des plus connus d’entre eux : Tabataba, dont le réalisateur, Raymond Rajaonarivelo, sera présent. Plus tard, et toujours en compagnie du même réalisateur, on pourra voir Mahaleo (le 6 octobre).

Le 14 octobre, Kristel entre au musée ou presque – pour un concert au Théâtre Lévi-Strauss.

Le 11 novembre, exposition dans l’exposition, la journée est dédiée à la photographie avec l’accrochage de « Photographies de Madagascar » et une rencontre autour du Musée de la photographie de Madagascar.

Le même week-end, le thème « métissage et insularité » sera à l’honneur et un spectacle de hira gasy est annoncé.

Les 14 et 15 novembre, un colloque « Patrimoine, création et société à Madagascar » rassemblera une douzaine d’intervenants dont plusieurs ont participé à la préparation de l’exposition et au catalogue ainsi que Julien Mallet, Jean-Luc Raharimanana, Karine Blanchon ou Dwa.

Le 24 novembre, on saura tout sur les textiles malgaches.

Le 2 décembre se déroulera une « lecture dans le noir » de contes de Madagascar.

Par ailleurs, à Madagascar, des web-visites sont organisées à partir du 24 septembre.

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