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Chronique: bilinguisme circonstanciel

L’écrivain Krikor Beledian vit depuis l’enfance entre quatre langues : l’arménien, l’arabe, l’anglais et le français. Né en 1945 dans la communauté arménienne du Liban, il est établi à Paris et écrit en arménien et en français : «Avec une autre langue que la «sienne», disons, rapidement, en situation d’être entre deux langues comme entre deux eaux, entre deux mondes parallèles, dans une double langue, comme horizon et comme point de départ, on a l’impression de mieux «exploiter» la sienne. Grâce à l’autre langue je découvre la mienne».

Elena Lappin est née à Moscou en 1954. Elle grandit à Prague puis à Hambourg avant de poursuivre ses études en Israël. Elle vit aujourd’hui à Londres. Elena Lappin parle russe avec ses parents et tchèque avec son frère.  Elle n’a pas oublié l’allemand, ni l’hébreu et s’exprime également très correctement en français, qu’elle a appris à l’école. De toutes ses langues, c’est l’anglais qui s’est imposé comme langue d’écriture à Elena Lappin, aujourd’hui romancière et essayiste : «Souvent les gens me demandent dans quelle langue je rêve. Pour autant que je sache, c’est un mélange de toutes ces langues, avec quelques ingrédients supplémentaires empruntés à des langues que je ne maîtrise pas très bien. Je me sens chez moi dans quatre langues».

Krikor Beledian et Elena Lappin, deux exceptions qui confirment la règle ? Pas si sûr. Il y a dans le monde un nombre très important de gens qui, sans être écrivain et sans appartenir à une communauté cosmopolite, pratiquent au quotidien un bilinguisme circonstanciel avec plus ou moins de bonheur. C’est le cas à Madagascar. Or, si l’on en croit le neuropsychologue Albert Costa : «Utiliser une autre langue favorise le raisonnement délibératif et fait réfléchir deux fois. Quand nous réfléchissons dans une autre langue, non seulement nous nous laissons moins guider par notre première réaction émotionnelle, mais nous sommes plus disposés à prendre des risques».

S’il faut cultiver son jardin, ne négligeons pas celui du bilinguisme.

Kemba Ranavela

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