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Chronique: incroyables mais vrais

Todmorden, ses moutons, ses vaches, son ciel gris, ses averses et ses supermarchés n’avaient rien d’engageant il y a encore quelques années. Aujourd’hui, cette petite ville du nord de l’Angleterre est connue pour ses potagers publics ouverts à tous ceux qui veulent bien s’en occuper. Ils peuvent bien sûr consommer le fruit de leur travail. Les habitués des supermarchés ont d’abord été très dubitatifs. Ces potagers étaient peut-être une bonne idée pour des hippies sur le retour ou des écolos radicaux. Sans plus. Dix ans après les débuts du mouvement Incredible edible, en français incroyables comestibles, l’idée ne fait plus sourire. Pourtant, ce n’était pas gagné.

Avoir un potager, «c’est la honte, ça veut dire que vous êtes pauvres. D’ailleurs le mot potager n’existe pas», expliquait un activiste du mouvement. Les potagers existent bel et bien, ils sont entretenus et étrangement, les légumes et les fruits de Todmorden ne sont pas volés par des profiteurs ou des empêcheurs de tourner en rond. L’expérience de Todmorden a fait des petits, en Angleterre puis dans d’autres pays européens.

Quel est le secret de cette petite ville (15 000 habitants) qui a fait des émules dans le monde entier ?

Vu d’ici, le mouvement nous paraît incongru. Nous sommes comme ces habitués des supermarchés qui voyaient dans les potagers le retour à un temps révolu. Quand on a la chance d’avoir un pied dans le monde moderne, on est tenté de se moquer des lubies des rêveurs passéistes. Des potagers : pour qui et pour quoi ? Non seulement nous avons des supermarchés mais pour ceux qui aiment la foule grouillante, les étals des marchés croulent sous les légumes et les fruits des maraîchers des campagnes voisines.

L’initiative des Incroyables Comestibles est effectivement incongrue, si on oublie que les potagers sont un prétexte et une occasion pour joindre l’utile à l’agréable : rapprocher les habitants d’une même ville autour d’un projet commun. Initiative incongrue mais réussie.

 

Kemba Ranavela

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