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Chronique: A tu et à toi

Cinquante-huit ans, c’est un âge raisonnable pour être respecté, dit-on. On ne s’étonnera pas qu’à cinquante-huit ans, on prenne facilement la mouche quand on a le sentiment de ne pas être respecté. Or, chez nous autres, riches d’un tout récent anniversaire, ce sentiment est tellement envahissant qu’on se sent autorisé à réclamer le respect qui nous est dû dès qu’un ennemi qui s’ignore s’avise de nous faire une réflexion malheureuse. Obnubilés par le respect et les honneurs qui l’accompagnent, nous ne réalisons pas que ce que nous demandons, ce n’est pas le respect mais la dignité. Donna Hicks, auteur d’un éclairant «Eloge de la dignité»  l’explique très simplement : « Mériter le respect, cela signifie accomplir quelque chose qui se situe bien au-delà du droit élémentaire d’être bien traité ». La dignité est un droit de naissance quand le respect se mérite.

Une fois que c’est dit, force est de constater qu’en cinquante-huit tout ronds, nous avons manqué de nombreuses occasions de gagner les honneurs qui imposent le respect. Néanmoins, ce triste constat ne justifie pas que soit négligé le droit élémentaire d’être bien traité.

On pourrait citer quantité de ces manquements, misérables détails perdus dans les vrais problèmes du pays. Arrêtons-nous le temps de cette chronique sur un de ces détails qui déshonorent l’ennemi qui s’ignore quand, avec une condescendance peut-être inconsciente, il s’autorise à tutoyer les autochtones.  S’il s’ignore, c’est aussi parce que nous n’osons pas lui rappeler que cinquante-huit ans, c’est un âge raisonnable pour mériter d’être vouvoyé, même quand on a été colonisé.

Par un étrange coup du sort, le rouleau compresseur du cartésianisme s’est cassé les dents sur le célébrissime tu colonial qui a survécu à quatre républiques, une révolution et d’innombrables crises socio-économiques dont nous nous transmettons scrupuleusement la recette.

Certes, nous n’avons rien accompli qui mérite le respect. Pour autant, nous avons le droit d’être bien traités et de ne plus être tutoyés comme des enfants déraisonnables.

Kemba Ranavela

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