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Au courrier: de l’indépendance aux jougs des élites

Le grand perdant des cinquante huit ans d’indépendance est le peuple. Balancé d’une illusion à l’autre, il est normal qu’il ait perdu espoir aux choses temporelles pour trouver refuge dans les cieux et ses milles promesses. Des édifices religieux qui foisonnent à chaque village, c’est aux conduites des affaires publiques maintenant que leurs manitous viennent prétendre. Insatisfait de la seule servitude de leurs fidèles dont ils ne se sont pas contentés d’être uniquement des bergers, ils cherchent à asseoir leur soif de pouvoir aux autres sphères en dehors du spirituel. Ils se le permettent parce que le besoin du «pater» est dans la nature humaine. Surtout que l’histoire du pays du passage de la colonisation à l’indépendance s’est raccourcie à un inter changement de maître.

Il s’avère effectivement que la libération de l’emprise du colonisateur s’est muée aussitôt à la servitude envers une élite égoïste et étriquée. La déroute nationale, on peut en pointer du doigt toutes causes possibles, mais surtout pas celle la plus évidente : la défaillance des acteurs. Le bouc émissaire préféré est l’étranger, en premier lieu la France. Les Français ont comploté contre tel, la France est derrière tel candidat aux présidentielles, les crises successives ont été orchestrées depuis Paris, etc. Le non-fondé, voir l’inanité de ces élucubrations amène à dire que les élites n’assument pas leurs responsabilités. Il est un fait que sur l’échiquier des relations internationales tout pays cherche à tirer avantage de ses rapports aux autres, aux gouvernants de chacun de trouver les intérêts du sien.

On s’interroge si Madagascar n’est pour ces soit disant «élites» qu’un terroir secondaire destiné à être pillé. Car leurs vécues, ils les assurent essentiellement à l’étranger, ce même étranger qu’ils accusent de comploter en permanence contre le pays. De leur formation à leur pris en charge sanitaire, c’est dans ces pays étrangers qu’ils les passent. Le miroir dans lequel ils se reflètent est l’Occident développé…

En matière d’orientation politique, le tableau se trouve encore plus sombre. La Grande île erre d’une déroute idéologique à l’autre. Du socialisme qui a été la farce de la Seconde République (ostracisme pour le peuple, train de vie de seigneur pour les apparatchiks), on arrive au chacun pour soi du libéralisme. A la situation présente du pays, détenir un poste au sein de l’Etat équivaut à en user pour ses intérêts particuliers. Cette place est encore plus juteuse si elle est de nature politique. Voir des condamnés de justice se vantant d’être intouchables parce que casé au sein d’un régime est courant dans la société malgache actuelle.

Dans sa conception général, «l’élite» est le groupe minoritaire d’individus ayant eu accès  jusqu’aux stades avancés de l’instruction, accédant grâce à ce capital aux hautes sphères de pouvoir de sa société, et pénétré de la motivation à partager l’idée de progrès à ses concitoyens. Dans le cas malgache son acception est, le groupe minoritaire d’individus ayant accédé, ou peu à l’instruction, ayant de la puissance financière, et capable d’influencer le cours de la destinée politico-économique du pays selon ses intérêts particuliers.

Aurélie M (Historienne)

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