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Chronique : c’est notre histoire

« Tout se perd, les bonnes manières, le goût du travail bien fait, le souci du détail. Le personnel de maison, c’est comme le reste. Les bonnes ne sont plus ce qu’elles étaient. Elles ne savent plus travailler, rechignent à la tâche et en plus elles te répondent !» Si vous croyez entendre une vieille rombière nostalgique des gens de maison discrets et efficaces du temps longtemps, vous vous trompez lourdement.

Ce sont des jeunes femmes qui déplorent le manque de professionnalisme de leurs bonnes. Vingt-cinq ans, toutes leurs dents, pas d’enfant et libres comme l’air (ou presque), ces jeunes femmes d’aujourd’hui, modernes jusqu’au bout de leur téléphone intelligent, ne peuvent pas vivre sans leur bonne. A leur décharge, elles reproduisent un schéma bien connu, celui de leurs mères et de leurs grands-mères qui réussissaient, par on ne sait quel miracle, à garder dans leur foyer la même bonne pendant trente ans. C’est dire… Les bonnes faisaient partie de la famille (ou presque).

Aujourd’hui, les bonnes ne sont plus ce qu’elles étaient. Comme leurs aînées, elles arrivent jeunes au service d’une famille mais leur ambition ne se résume plus à porter une jolie tenue rose ou bleue, la coiffe qui va avec, et à élever les enfants de leur maîtresse jusqu’à ce qu’ils volent de leurs propres ailes. Elles ne sourient plus de contentement à l’idée d’élever ensuite les enfants de celle qu’elles portaient sur leur dos quand elles étaient jeunes. Aujourd’hui, les bonnes veulent bien se mettre au service d’une femme à peine plus âgée qu’elles, le temps de trouver mieux, le temps d’approcher d’un peu plus près le rêve qu’elles caressaient adolescentes. Elles veulent le même téléphone intelligent que leur maîtresse pour rester connectées au monde entre deux lessives. Les réseaux sociaux, c’est pour tout le monde, non ?

Ah, ces questions de femmes… Elles racontent une histoire, celle d’une société qui joue les funambules entre féodalité et intelligence artificielle. C’est notre histoire.

Kemba Ranavela

 

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