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Chronique : au-delà de la passation de pouvoir

La passation de pouvoirs entre le futur ex et le Président de la République fraîchement élu ne résoudra pas tous les problèmes, non seulement par l’inégalité des pouvoirs que l’un transmet à l’autre, (ce qui, soit dit au passage, témoigne du caractère intermédiaire sans le qualificatif de transitoire concernant la période actuelle), mais aussi par le fait que l’on devra prolonger à moitié-mesure cette période. On ne va pas entamer le début du deuxième quinquennat par une entorse à la constitution comme cela l’a été. En raison d’un décalage prévisible (dont on ne prévoit pas les conséquences sur l’harmonisation du fonctionnement des institutions) entre les résultats de la présidentielle et la tenue des législatives, le nouveau Chef de l’État devra composer avec l’actuel gouvernement qu’il n’a pas nommé. Les pouvoirs du Président de la République, notamment celui de nommer le premier ministre, sont conditionnés par la majorité des députés qui se dégagera des législatives. A suivre la logique il en sera de même en ce qui concerne l’application de la politique générale, pour peu que le corps électoral décide d’envoyer à l’Assemblée Nationale une majorité opposée au président de la République les fameuses «promesses présidentielles» compteront pour des prunes. Du reste celles-ci pèchent souvent en exorbitant de l’action gouvernementale par des opérations particulières, nuisent ainsi à la cohérence et apparaissent comme des fantaisies voire caprices à but démagogique.

A cause des dispositions adoptées pour faire l’économie d’une crise, le futur Président inaugurera son mandat par une cohabitation de facto, ce qui pourrait se prolonger. Le système présente le mérite de vouloir lutter contre les tares qui caractérisent la classe politique : un président et un exécutif outrepassant le droit pour exercer une sorte de plein-pouvoir, des membres du législatif pratiquant la transhumance au gré du vent qui souffle les voix des mieux-disant. Cela réussit un concert d’autant plus nocif lorsque l’alternance se résume à permuter les rôle : aujourd’hui «je suis la belle et toi la bête» demain on échange. Les formules pour lutter contre ces pratiques n’ont pas réussi jusqu’ici, les plus pessimistes pensent qu’il est difficile de combattre la nature. Malgré la prétention de vouloir cultiver des singularités d’insulaires, les Malgaches ne sont pas des êtres différents de la population planétaire. Vénalité et corruption ne constituent pas leurs monopoles, ailleurs ces gangrènes existent et même à des échelles qui dépassent nos moyens, mais l’hypocrisie et la connivence trouvent moins de place pour confisquer et rendre aussi stérile la colère populaire. Le changement promis par les uns aujourd’hui a aidé simplement à construire leur niche de demain, aux dégagés il restera du café à moudre en réclamant après-demain le même changement que l’on a exigé d’eux.

Léo Raz

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