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Chronique : parler local

Il y a encore peu de temps, nous ne comprenions pas ce qu’était le «français d’Afrique». Pendant que nous nous rengorgions à l’idée de parler un français qui n’aurait subi aucune influence locale, de l’autre côté de la mer, on faisait le plein de carburant à l’essencerie, les hommes enceintaient les femmes et quelques-unes avaient le privilège de se faire cadeauter par des messieurs aisés. Depuis quelques années, nous rattrapons ce retard avec une petite touche insulaire qui nous permet d’entretenir la distance que nous nous plaisons à cultiver avec nos voisins, loin là-bas, bien au-delà du canal du Mozambique.

Nous avons d’abord inventé le vary amin’anana, pas celui qu’on vous sert pour vous réchauffer au petit matin, l’autre, celui qui mêle le malgache et le français avec plus ou moins de bonheur. Le vary amin’anana s’est développé au détriment de ce que nous aimons appeler le «vrai malgache» mais son incidence sur le «bon français» est restée anecdotique. Nous allons toujours à la station service et apprécions les cadeaux. Encore que … Il nous arrive parfois d’aller à la «stantion» et au marché, nous ne refusons jamais le petit «gado».

En réalité, c’est en malgache que se sont imposés les «stantions» et autres «gado». Aux côtés de ces valeurs sûres du parler local, de nouveaux termes se sont fait une place au soleil du vary amin’anana. Détournés de leur contexte habituel, ils sont devenus incontournables pour vivre dans notre beau pays.

En première position vient «le frais», de transport bien entendu, toujours au singulier, peu importe le nombre de trajets effectués. Il est suivi de très près par «le droit», parfois d’inscription, qui s’ouvre ces derniers temps sur des domaines très variés, des concours de la fonction publique à la signature de documents sensibles. Enfin, en troisième position, l’inénarrable «écolage» fait une progression fulgurante. Il détrônera bientôt «le frais» et «le droit».

Décidément, notre vary amin’anana n’a rien à envier au français d’Afrique.

Kemba Ranavela

 

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