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Chronique : lakorite le la !

Il y a deux ans, je découvrais un terme original, propre à une petite île voisine, là, quelque part sur la droite. «Lakorite constitue le tissu social de l’Ile Maurice. Entre voisins d’un même «ward», entre habitants d’un même village ou d’un quartier, entre citoyens d’un même pays, se tisse un puissant réseau original d’entraide et de soutien qui, gagnant de proche en proche la totalité du territoire, a fini par constituer une étoffe de la plus solide qualité. C’est ce qui tient l’Ile Maurice, ce qui la définit le mieux, ce qui, également, permet d’expliquer la paradoxale paix sociale enregistrée par les observateurs étrangers et sans doute aussi une immense part de son récent développement*». Lakorite, l’accorité si vous préférez, a d’abord répondu à un besoin de consensus nécessaire pour éviter les conflits ou les régler au mieux dans un espace relativement exigu. La contrainte des premiers temps de l’accorité est devenue une force. L’essai a été transformé.

Vendredi, j’ai découvert un nouveau terme, venu d’une autre île voisine, plutôt en haut sur la gauche celle-là. En mahorais, «djirani» est le voisin avec qui on souhaite vivre dans «lakorite». Cette dernière phrase est à nuancer, hélas. On sait bien que le bon voisinage se traduit souvent par «chacun chez soi et les zébus seront bien gardés». Lakorite entre madjirani ? Je veux y croire après un très beau concert indianocéanien qui a réuni Davy Sicard le Réunionnais, Mikea le Malgache et Mikidache le Mahorais : quatre langues pour une même vibration, celle qu’on retrouve dans toutes nos îles, depuis le maloya jusqu’au sega en passant par le beko, le m’godro, le salegy mais aussi le rock et le jazz parce qu’après tout,

l’océan indien n’est pas une prison. Quatre langues ? Eh oui, quatre : les trois chanteurs sont venus à «Tanà» en voisins, pour partager un moment d’accorité dans leurs langues maternelles et dans leur langue commune, le français.

En vérité je vous le dis, lakorite le la !

Kemba Ranavela

  • Emmanuel Richon, L’accorité, Mauritiana, 2013

 

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