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Chronique : Il était une fois une histoire dont on peut écrire la suite…

Il était une fois les arrêts de bus, les bus et leurs passagers. Ils racontent une histoire pas drôle du tout. Les protagonistes de notre histoire ne sont pas sympathiques. S’ils ont appris à aimer leur prochain, ils l’oublient la semaine pour s’en souvenir opportunément le dimanche. Le lundi, et tous les jours qui suivent, ils rivalisent d’impolitesses et s’insultent à qui mieux-mieux.

Ils, vous le savez, nous le savons, ne sont pas de rustres individus sans éducation. Ce ne sont pas les enfants sauvages qu’on laisse pousser comme de la mauvaise herbe. Et pour cause, ces enfants-là ne prennent pas le bus, ils n’en ont pas les moyens. Ils, c’est nous.

Nous, prêts à nous étriper pour monter dans la vieille guimbarde qui défie toutes les lois de la circulation. Nous, sortant les crocs pour défendre la place convoitée. Nous, éructant parce « Madame, si vous n’êtes pas contente, prenez le taxi ! ». Nous, donnant du coude pour grimper sur le bus (non, pas dans le bus), écrasant au passage les pieds de l’autre, celui qui croyait nous effrayer en hurlant des insanités. Nous, tristes personnages d’une histoire plus triste encore.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Nous, qu’on disait plus doux que l’agneau, souriants, affables, respectueux des aînés à tel point que comme Les vieux singes de cour de Du Bellay, nous aurions vu «la lune en plein midi, à minuit le soleil» plutôt que de contredire un père ou une mère.

Le ciel ne nous est pas tombé sur la tête. On ne pourra pas plus accuser les Chinois, les Indiens ou les «Vazaha». D’ailleurs, on en voit peu dans les bus. Si l’incivilité a réussi à s’imposer aux arrêts de bus, on y est sans doute pour quelque chose.

Imaginons que le receveur, aimable cela va sans dire, régule l’entrée et la sortie des passagers, qu’il accepte sans rugir les passagers qui n’ont pas de petite monnaie et que nous, passagers, acceptions son autorité sans maugréer. C’est possible, cela changerait la vie et surtout, on devrait y arriver sans financement extérieur.

Kemba Ranavela

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