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Chronique : inconsciences populaires

Quidam, individu anonyme, citoyen lambda, des appellations pour désigner en prenant une certaine distance, un n’importe qui, à bien y regarder pourtant les « n’importe qui » dans leur ensemble font la majorité de la population. Ce n’est pas parce qu’il s’agit en général des gens issus de la couche des plus humbles que malgré leur nombre on peut exclure leurs avis de ce qui est convenu d’appeler l’opinion publique. C’est pourtant la tendance. On se réfère le plus souvent aux jugements d’une minorité constituée des seuls prétendus bien-pensants pour façonner  exclusivement une soi-disant opinion, se gardant bien en bonne hypocrisie d’user du qualificatif « publique ou particulière ».

On serait surpris plus souvent que l’on ne l’imagine de constater le décalage qui existe entre ce que l’on avance au nom de l’opinion et la réalité de ce que pense une majorité de la population. Les interviews enregistrées au cours micros-trottoirs, ne suffisent pas à dire l’opinion de la population, au contraire elles constituent une des bonnes méthodes pour cautionner en apparence les opérations de désinformation. L’argent représente par excellence l’objet sur lequel règne une énorme différence de perception, là où ça fait le bonheur ou au contraire ça fait mal au ventre de ceux qui en ont, à partir d’un certain volume ça participe à amuser les gens qui en jonglent de manière virtuelle. Ce n’est pas parce que les faits d’actualité perpétrés par de tristes sires, qui les intéressent c’est l’occasion que ces événements leur fournissent de se familiariser avec des millions et des milliards comme s’ils les palpaient dans leurs mains. Pour eux, sauf qu’ils ne disposent ni d’ordinateurs ni de tablettes, les calculs s’égrènent pareillement dans leur tête comme se déroulent sur l’écran des jeux vidéo.

Il ne faut pas croire pour autant que la population caresse une quelconque sympathie à l’endroit de quelque manifestation de banditisme que ce soit, qu’il s’agisse des détournements de deniers publics ou des kidnappings, qui les uns comme les autres tiennent en otage l’ordre et la paix et altèrent une situation déjà délétère. Les gens n’expriment certes aucune condamnation lors de chaque événement criminel, ils en font un bloc pour déplorer le climat général d’insécurité des personnes et des biens et condamne la gouvernance qu’elle tient pour responsable. Mais ils ne se privent pas du jeu qui consiste à imaginer des scénarios à partir des montagnes de fric qui passent à la trappe des opérations criminelles.

La libération de KantilalRajaikant d’une des plus célèbres bijouteries,Kalidas, a prêté à toutes sortes d’hypothèses et de conclusions sur les stratégies des protagonistes volontaires (le gang de criminels) ou malgré soi (la famille de l’otage). La rançon finale de 12 milliards 500 millions FMG pourrait être considérée comme une issue heureuse voire un succès des négociateurs de la libération. A ce qu’il semble les prétentions ont démarré à 2 millions d’euros soit l’équivalent de 40 milliards Fmg. Un sacré marchandage pour des négociateurs émérites.

12 milliards 500 millions n’impressionnent plus les petites gens, elles s’imaginent que nombreuses grosses fortunes en possèdent dix fois plus. Loin de plaindre la famille pour cette somme dont elle a été délestée les gens se résignent à croire qu’il reste à cette famille quelque cent milliards de disponibilité, ce qui n’est ni nécessairement vrai ni vérifiable. Plus probable c’est que souvent plus on en possède, plus un sou compte et que l’on prenne en conscience qu’il n’y a pas de petit profit. Naturel lorsque tout se déroule de façon virtuelle, l’on ne réduit pas la question à l’échelle de sa réalité. Et puis même si les gens voulaient transposer le problème à leur vécu, les 10% ne

procureraient pas le même ressenti : la privation de 150.000 fmg au sein d’une famille disposant d’un budget de 1.500.000 fmg pour boucler 30 jours, soit 50.000 au quotidien charges fixes inclus, amplifierait de plus de 10% les difficultés qu’elle éprouve déjà à survivre.

Le fait que l’on ne peut le traiter de façon privilégiée hors le problème d’insécurité dans sa globalité, ce phénomène des enlèvements en vue d’extorquer une rançon contre la libération de l’otage nécessite des mesures urgentes tout simplement parce que l’acquisition facile de ces sommes faramineuses peut faire école. La communauté Karana, principale cible et victime de ces exactions condamnables gagnerait à ne pas se désolidariser de la population pour réclamer une meilleure politique de sécurité publique, et même souffrante à s’interdire un extrémisme jusqu’à déceler un racisme dans ces actes de banditisme derrière lesquels se trouve la main du diable. Pourvu que l’on soit fort de pouvoir et puissant de moyens personne ne se trouve au-dessus du soupçon d’être le diable.

Léo Raz

 

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