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Chronique : jouer avec les allumettes brûle les doigts

Le feu fascine, très tôt les parents éprouvent le besoin d’éduquer leurs enfants dès le bas âge à s’en méfier : « faut pas jouer avec, ça fait faire pipi au lit »… Le feu pourtant résulte d’une conquête qui a contribué au progrès du bien-être, en se gardant des violences qu’il peut provoquer quand on en perd la maitrise.

Malgré la multiplication des différentes sources de feu, plus modernes et pratiques les unes que les autres, tel le briquet dans tous ses états, les allumettes ont aujourd’hui encore une clientèle. Les allumettes suédoises ont certes perdu de leur prestige à produire la belle étincelle (trois étoiles ! excusez du peu), mais le marché demeure, essaye de survivre en s’obligeant à respecter dame nature et ses forêts, progrès des idées oblige. L’implantation d’une usine d’allumettes à Moramanga au lendemain de l’Indépendance a symbolisé le signal de l’ère d’industrialisation du pays. Serait-ce en raison du phénomène écologiste, elle n’a pas résisté au temps. D’autres initiatives ont alors tenté d’occuper l’espace, en adaptant leur production au niveau diktat qui impose d’économiser le bois. Ces usines n’ont pas fait long feu, s’étant éteintes sans bruit. On pourrait penser qu’une fois encore les industriels nationaux n’ont pas eu le nez creux et ont investi à contretemps du fait de ne pas avoir pris en compte le sens de l’évolution. Considération que rejette le constat d’une continuité du commerce d’allumettes d’identique fabrique, usinées à l’étranger, ce qui témoigne de la persistance du marché.

Les échecs essuyés par l’industrie des allumettes ne constituent pas des cas particuliers, le phénomène a frappé de nombreuses autres branches de l’industrie qui disposent pourtant d’un marché naturel pour écouler leurs productions (dans le désordre, bougie, batterie, savon, tissu…). Malgré l’absence d’un enseignement technique propre à former une main d’œuvre qualifiée, on ne peut accuser un manque de personnel compétent. On ne peut nier non plus la vigueur de la concurrence, ce qui ne dispense pas de s’interroger sur les faiblesses des locaux à ne pouvoir y faire face même sur le marché intérieur. La raison interdit de s’y résigner et de rejeter la responsabilité sur la fatalité portant malédiction sur le sort des entreprises.

Il est temps de se pencher sur le sujet. L’industrie peine autant que l’agriculture et l’élevage rament. Les gesticulations se multiplient,  davantage histoire de faire du spectacle que de se bouger pour trouver des solutions de fond au mal dont souffrent ces deux moteurs, industrie et agriculture. Des moteurs essentiels pour donner une réelle énergie à l’économie, tant pour dynamiser la production que pour multiplier les créations d’emploi.

Les constats utilisent un euphémisme à dire simplement que le pays fait du surplace : « qui n’avance pas recule ». Mais même ça ne suffit pas à gêner les bonimenteurs qui persistent à discourir sur des efforts entrepris pour développer le pays.

L’Etat malade, l’économie en panne, la société en quenouille, seuls les opportunistes (au pouvoir ou aux alentours) trouvent vigueur, gagnent des joues et alourdissent les poches.

Les élections approchent. Si certains redoublent d’ardeur non dans la perspective d’apporter un changement mais uniquement dans l’idée de se maintenir,  une majorité de la population souhaite sortir du sort qu’on leur réserve. Entre ces points de vue, il n’existe de terrain d’entente. Le changement repose en premier lieu sur une volonté de changer d’état d’esprit. Ne partageant pas les mêmes références, ne cultivant pas les mêmes valeurs, de ces positions antagonistes les chemins se séparent.

Sous un régime prétendu démocratique, pour une cohabitation obligée, seules des élections honnêtes constituent un gage d’équité afin de pouvoir partager l’espace et cohabiter en toute sérénité. Elections honnêtes ? Actuellement on se trouve en pleine bataille pour établir les règles. A l’évidence chaque camp défend l’honnêteté dans le sens qui le favorise au mieux. Rien ne donne à l’avance une définition de l’honnêteté, la valeur est fluctuante en fonction de la position que chacun occupe et de la force dont il dispose pour défendre son point de vue. A la bourse des élections la triche se maintient à une bonne cote, les tricheurs forts de leur position gardent bon espoir. De cette infortune le peuple s’expose à l’opprobre propre à tout conjoint trompé : premier concerné dernier averti.

Léo Raz

 

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