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Chronique : toute ressemblance avec des personnages réels…

J’écrivais lundi que «dans la mesure de [mes] possibilités et des moyens en [ma] possession», j’allais me replonger dans une fable de La Fontaine. J’ai donc relu «Les animaux malades de la peste» qui commence par ces vers : «Un mal qui répand la terreur, Mal que le ciel en sa fureur, Inventa pour punir les crimes de la terre, La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom) Capable d’enrichir en un jour l’Achéron, Faisait aux animaux la guerre».

Le roi convoque sa cour et, en utilisant quelques artifices de langage, demande qu’un bouc émissaire se désigne pour, peut-être, arrêter le «courroux céleste». Le lion connaît son rôle et sa fonction. Il se lance dans un mea culpa pour montrer l’exemple : il a mangé des moutons qui ne lui avaient fait «nulle offense», et parfois même des bergers. Les courtisans, parmi lesquels des prédateurs comme le Tigre, l’Ours, le Renard et le Loup, connaissent aussi leur rôle. Ils savent qu’on n’accuse pas impunément le plus grand parmi les grands mais ne sont pas plus disposés à dénoncer leurs fautes : «Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins, Au dire de chacun, étaient de petits saints». Seul un courtisan de bas étage, peu au fait des usages de cour, croit bien faire en avouant une «peccadille» qui fait de lui le condamné idéal. Ce petit courtisan est au-dessus du vulgaire, ce n’est pas un mouton. Mais ce n’est pas un prédateur chevronné non plus. Le bouc émissaire bienvenu est l’Ane, «ce pelé, ce galeux», faible, déplacé et incongru parmi les puissants.

L’honneur du Lion est sauf, il ne pouvait en être autrement. Les courtisans ont sauvé leur peau jusqu’au prochain conseil du roi. Quant à la Peste, ma foi… Le roi avait bien précisé qu’un sacrifice était nécessaire mais peut-être pas suffisant.

Toute ressemblance avec des personnages réels n’est ni fortuite ni involontaire. Sauf, peut-être, pour Yersinia Pestis.

Kemba Ranavela

 

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