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Pérégrinations hebdomadaires : leçon de diplomatie teintée de morgue

Les gens au pouvoir de plus en plus manifestent le choix de marquer au détriment de la délicatesse une préférence à la balourdise. Ce n’est pourtant pas parce que l’on se refuse de faire dans la finasserie que l’on doive nécessairement se priver de finesse. L’art de la provocation représente un moyen d’expression contondant pourvu que l’on garde en conscience qu’elle recèle en réserve les risques d’un retour à l’envoyeur et que tel un boomerang elle présente par la suite à celui-ci une facture élevée.

Des éclaircissements distillés lors des rendez-vous du Président reflètent d’un nouveau jour «la politique étrangère» menée par Hery Rajaonarimampianina dont il veut faire de son voyage à Londres un symbole fort. Si la forme n’a pas été flatteuse (pas d’homologues mais des émissaires de second rang en guise d’interlocuteurs) le fond se veut être ambitieux contenant de précieux  messages. Des explications assez surprenantes pour réussir à faire d’elles-mêmes l’événement qui cache le bilan du déplacement. L’autre fait de la semaine étant le brouhaha autour du projet de réviser la constitution.

Un finish qui inaugure un état d’esprit augurant mal de la suite

Clôturer la communication d’un Chef d’Etat par une sorte de défi «avis aux amateurs» ne reflète pas un esprit valeureux digne de la grandeur d’un rassembleur, qualité dont on voudrait le revêtir. Non seulement il ne mérite pas à un Chef, autre qu’à l’instar de ceux dans les chefferies, de vouloir se mesurer avec qui veut (amateurs), mais de plus la gaucherie de la bravade fait place à une ambigüité perfide. Il n’est pas interdit de penser qu’elle s’adresse à la fois aux partenaires que l’on courtise «ne vous frottez pas à nous en ayant des intentions cachées», qu’aux observateurs critiques «nous sommes les détenteurs du bon savoir, sans peur et sans reproche». Tout semble permis, y compris ce que l’on pourrait considérer bavures. Sur le terrain diplomatique la moindre précaution inviterait à ne pas se mettre à dos un quelconque tiers. Ici pourtant, par manque flagrant de perspicacité, ou par simple flagornerie à l’endroit de l’interlocuteur du moment, les Anglais, il a semblé que l’on a égratigné sans ménagement le privilégié partenaire de tradition. Non sans insolence on a tranché un choix dans la vieille querelle stérile à comparer bienfaits et méfaits du colonialisme français et ceux du colonialisme anglais. Si l’histoire s’était déroulée autrement, exprime clairement le regret, Madagascar aurait connu meilleur sort et pu faire parti du Commonwealth… L’ambition et la vocation de Madagascar se trouvent-elles ainsi réduites à avoir dû passer sous le joug de l’une ou de l’autre puissance impérialiste d’antan ? Même avec des «si» la mentalité de colonisé transpire, difficulté supplémentaire pour embrasser la notion de «souveraineté nationale» autrement qu’en récitation. La manière de gommer une partie de l’histoire pour l’interpréter à sa manière renvoie dangereusement à la licence que l’on s’autorise à interpréter les lois et à créer un «espace de droit frelaté» aux lieux et place d’un «état de droit». Faux prophètes, demi-savants, apprentis sorciers, rivalisent d’influence. Le nombre de gourous parvenant à conquérir des adeptes, témoigne du facile succès des vendeurs de belles paroles en pays de désespérance. La pratique de la politique pénètre dans une phase d’escalade de la médiocrité, ni proposition ni solution pour sauver l’autre. Ainsi vogue aussi l’initiative à vouloir réviser la constitution.

Menace de déculottée

en résultat d’un mauvais calcul

Le pouvoir espérait voir les politiciens se jeter les yeux fermés sur l’appât que représente une révision de la constitution. Unanime la classe politique en souhaite l’avènement, et dans un premier temps les opposants compris semblent avoir mordu à l’hameçon. Ça n’a été qu’une feinte de corps, histoire de réponse de la bergère au berger. Promettent par la suite de pleuvoir les coups de bâton. Que la majorité qui détient le pouvoir, ait souhaité voir se cristalliser les composantes de l’opposition et former un môle compact, elle n’aurait pu agir différemment. A l’inverse de ce qu’espérait la clique au pouvoir, la perspective d’une révision de la constitution n’a que contribuer à un rapprochement des différentes formations de l’opposition à partir d’un objectif commun en partage : combattre en priorité l’idée et le processus d’une révision de la constitution. Si jusque là constituer un front uni de l’opposition appartenait au domaine des formulations de souhait, voici que le pouvoir lui donne du grain à moudre pour faire cause commune. Et en pareilles circonstances, même s’il venait au pouvoir

l’idée de faire forcing pour organiser une consultation populaire, hasardeux et périlleux  seraient les résultats. Si d’aventure tripatouillages aidant les résultats ne répondent pas aux vœux des initiateurs de la consultation, le référendum produirait les effets d’un plébiscite, entonnant le chant du «dégagisme» triomphateur.

Léo Raz

 

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