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Chronique : « On a autant de vies qu’on parle de langues »

Elena Lappin est née à Moscou en 1954. Elle grandit à Prague puis à Hambourg avant de poursuivre ses études en Israël où elle rencontre celui qui deviendra son mari, né canadien. Ils partent vivre à Ottawa, retournent en Israël, repartent pour les Etats-Unis et s’installent finalement à Londres.

Elena Lappin parle russe avec ses parents et tchèque avec son frère Maxim Biller -aujourd’hui écrivain allemand de langue allemande. Elle n’a pas oublié l’allemand, ni l’hébreu et s’exprime également très correctement en français, qu’elle a appris à l’école.

De toutes ses langues, c’est l’anglais qui s’est imposé comme langue d’écriture à  Elena Lappin, aujourd’hui romancière et essayiste. Et c’est en anglais qu’elle raconte son parcours atypique dans une autobiographie où l’histoire intime n’est jamais très éloignée de la Grande Histoire.

 «Souvent les gens me demandent dans quelle langue je rêve. Pour autant que je sache, c’est un mélange de toutes ces langues, avec quelques ingrédients supplémentaires empruntés à des langues que je ne maîtrise pas très bien. Je me sens chez moi dans quatre langues. Et alors» ?

Et alors, vu de nos tanety, c’est assez incroyable. Combien de Malgaches osent affirmer aujourd’hui qu’ils sentent chez eux en malgache et en français (et peut-être dans d’autres langues) ? Nous sommes encore trop nombreux à associer la langue française à la seule France, et la langue malgache aux seuls Malgaches, oubliant que les langues et

la littérature se jouent des frontières géographiques et administratives. Ce n’est pourtant pas nouveau. Elena Lappin cite un dicton tchèque qui affirme : «On a autant de vies qu’on parle de langues». Emberlificotés entre langue maternelle, langue seconde, langue étrangère, langue nationale, langue officielle … et langue d’enseignement, on oublie que si le dicton est vrai en Bohême, il se vérifie en Imerina et partout dans le monde.

Kemba Ranavela

  • Dans quelle langue est-ce que je rêve ?, d’Elena Lappin, Editions de l’Olivier, 2017.

 

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