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Chronique : purgatoire bureaucratique

En septembre 1985, l’auteur Douglas Kennedy quitte Dublin pour Alexandrie avec un sac de voyage et cinq carnets de notes. Quatre mois plus tard, il revient d’Egypte les carnets bien remplis et publie en 1988 «Beyond the pyramids, Travels in Egypt», récit de voyage traduit en français en 2010 sous le titre «Au-delà des pyramides». Lire ce livre près de trente ans après sa parution est un étrange voyage dans le temps.  En 1985, Hosni Moubarak est un «jeune» président, Khadafi règne en maître sur la Lybie, le rideau de fer est bien surveillé et si les Frères musulmans ont déjà une assise bien solide, les médias internationaux s’intéressent plus aux réformes en URSS qu’à l’islam radical.

Au cours de son séjour dans la capitale égyptienne, Douglas Kennedy est amené à faire prolonger son visa. Il se rend à l’immeuble Al-Moghamma dont «il suffit de prononcer le nom (…) pour que les Cairotes adoptent la même mine horrifiée que les Moscovites en entendant mentionner la Loubyanka, le sinistre siège du KGB à Moscou. Ce n’est pas qu’Al-Moghamma ait abrité quelque redoutable police secrète, non ; c’était une prison d’un autre genre, un purgatoire bureaucratique où la patience était soumise à un test d’endurance très éprouvant». De file en file, de guichet en guichet et de formulaire en formulaire, l’auteur obtient enfin son visa. Il aura eu le temps d’apprécier une organisation  conçue pour ne pas être efficace, notamment en observant «une quinzaine de ronds-de-cuir littéralement occupés à ne rien faire».

Il est tout de même curieux que trente ans plus tard et quelques milliers de kilomètres plus loin, les ronds-de-cuir d’Al-Moghamma nous paraissent si familiers. Notre bureaucratie locale n’a rien à envier à son homologue égyptien. En réalité, les méandres kafkaïens sont une constante de l’administration dans les pays qui jouent les équilibristes entre féodalité et marche forcée vers un Etat moderne.

Kemba Ranavela

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