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Pérégrinations hebdomadaires : une torpeur trompeuse

Le déroulement du train-train habituel à un rythme moins trépident, l’absence de grand trouble pour faire événement, ne suffisent pas à convaincre d’un apaisement du climat. Les préoccupations de la vie quotidienne ne connaissent pas de temps de trêve. Période de vacances ou non, elles ne relâchent rien et exercent les mêmes pressions dont le système ne sait soulager du poids excessif la population. Un semblant de torpeur pourrait ne signifier que l’espace d’un souffle précédant le moment d’un réveil brutal. Irrémédiablement les deux dents de l’étau se rapprochent rivalisant d’escalade : les prix s’envolent, l’insécurité s’organise. Le désordre menace de faire l’ordre.

Organisation de l’insécurité

«Si tu ne viens à moi, j’irai à toi», semble narguer le climat d’insécurité. Ces derniers temps, l’insécurité en dehors de ses terrains acquis, s’essaye à étendre son territoire en épousant de nouvelles formes. A trois reprises en l’espace de quelques jours, des usagers de taxi-be ont subi la désagréable surprise de servir de cobayes à

la nouvelle méthode des gangs pour tenir en respect un groupe de personnes à la fois et détrousser chaque individu sans vergogne mais au besoin avec brutalité : le tout en plein jour. S’il ne s’agissait d’actes pendables les victimes elles-mêmes auraient trouvé du panache dans le culot de mener pareilles opérations. La menace d’une multiplication de rééditions de ce genre de forfait plane et crée une psychose chez plus d’un million d’usagers au quotidien. Les accidents ne sont pas à exclure. Un jour les détrousseurs pourraient tomber sur des passagers récalcitrants, et ce sera le drame dont on ne peut imaginer ni l’ampleur ni la forme.

La politique pour mener la lutte contre l’insécurité continue à bégayer dans les mêmes errements, les malfaiteurs à tous les étages tentent d’occuper la place en s’organisant en conséquence et font montre sinon de courage au moins d’audace et de témérité. Le pouvoir ne se résout pas à une vraie déclaration de guerre aux dahalo, alors à leur tour ceux-ci s’organisent telle une «armée», ici un bataillon de 600 hommes, là une unité légère de 50 voltigeurs.

Ils n’hésitent pas non plus à insérer le ver dans les rangs de leurs ennemis, autant pour espionner que pour se ravitailler en armes.

Il n’est pas garanti qu’ils ne se retourneront pas à prendre l’initiative de déclarer la guerre, et cette hypothèse risque de prendre les dimensions d’une guerre civile à laquelle ne conduirait pas une déclaration de guerre contre des ennemis publics hors la loi.

La population elle ne peut que se soumettre à cette situation et s’y adapter, cependant ce climat ne rassure pas les investisseurs, en tous cas n’incite pas les plus sérieux à venir s’installer. On peut vanter l’implantation de quelques plusieurs centaines d’entreprises, encore faut-il en préciser les qualités.

Grand bluff autour d’une braderie de l’économie

Certaines entreprises recensées nouvellement installées ne possèdent que la taille micro, d’autres grosses dotées de capital respectable épousent une apparence légale pour mener des activités quasi en marge du mode formel. De la brousse et des  campagnes, sans que l’on ne les entende toujours, s’élèvent les voix des populations autochtones pour dénoncer des vols de leurs terres. Souvent les expropriations plus ou moins légales menées à grande vitesse ne servent qu’à permettre des exploitations rapides de richesses naturelles.

A l’allure actuelle, les richesses que l’on qualifiait hier encore de potentialités, pour avoir été épuisées comme par magie se conjugueront demain au passé, ne laissant de trace que la destruction de l’environnement, témoignage d’exploitation sauvage sans pitié ni pour les propriétaires naturels ni pour la nature. Dans moins de dix ans une grande désolation pour prix de l’enrichissement des exploiteurs de ce nouveau genre, presque de quoi faire regretter le système colonial.

Personne ne sait de quoi sera fait demain, et pourtant plus pathétique encore le culot de monter sur ce décor le spectacle d’une projection sur l’avenir. Se préoccupant peu de renforcer les structures branlantes d’un Etat chancelant, sans scrupule pour détricoter les fondements de la société, on pense amuser le public en disposant des mesures fiscales pour les vingt ans

à venir. En dehors d’un savoir tirer une balle dans les pieds du pays, comme si on creusait la tombe de la population, l’incapacité à maitriser le présent ne plaide à prêter le moindre crédit à des fantasmes concernant l’avenir.

L’horizon n’est même pas bouché, il n’existe pas dans le paysage actuel désespérément plat où le futur se fond dans un improbable tout autant hors de vue qu’hors de portée.

Léo Raz

 

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