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Chronique : surtout ne pas perdre contenance

La voiture freine brusquement. Tout autour, les marchands se transforment en badauds et se précipitent vers la voiture, de peur de manquer l’éventuel spectacle de rue. Le spectacle, c’est une petite fille à peine plus haute que la roue de la voiture. Elle s’apprêtait à traverser la ruelle pour rejoindre sa mère quand le conducteur de la voiture a aperçu cette petite silhouette qui courait sans voir le danger. On peut difficilement lui en tenir rigueur, la petite fille n’a que trois ans. Fort heureusement, la voiture a de bons freins et le chauffeur de bons réflexes. On ne peut pas en dire autant de la mère qui émerge tranquillement d’une discussion avec une marchande, de l’autre côté de la rue.

Faisant mine d’ignorer tous les spectateurs, la mère se lève lentement pour chercher sa fille. Elle la prend par le col et lui administre une série de fessées dont la gamine se souviendra longtemps. Pour se donner bonne contenance, elle ajoute à très haute voix quelques réprimandes qui laissent entendre aux badauds qu’elle sait s’y prendre pour se faire respecter des enfants. Sa fille, qui jusque-là n’avait  pas émis un seul son, se met à crier et à pleurer, sans doute parce qu’elle commence à vraiment avoir mal au derrière.

La jeune mère a probablement eu très peur pour sa fille. Si l’idée de la rassurer et de la consoler lui a traversé l’esprit, elle l’a remisée dans un coin de ses états d’âme pour faire face au «mahamenatra olona», oubliant au passage de s’adresser au conducteur de la voiture qui a évité l’accident. Que lui dirait-elle ? «Je suis désolée», par exemple. Mais elle ne peut pas le dire. Ce serait perdre la face. Cette jeune femme n’est pas malveillante. Elle réagit simplement comme on le lui a appris, attentive au regard des autres plus qu’à la sécurité affective de son enfant.

Kemba Ranavela

 

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