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Pérégrinations hebdomadaires : maladroites tentatives pour sortir la tête de l’eau

L’affaire Claudine Razaimamonjy empestant l’atmosphère n’a que trop duré. Les guerres de tranchées ne peuvent s’éterniser, arrive fatalement le moment où asphyxiée l’une des parties se doit sortir du bois, et à défaut de lever un drapeau blanc lâcher du leste. En procédant à l’extraction de leur protégée hors de la citadelle, chambre 126 de l’hôpital HJRA, les gens du pouvoir ont exprimé leur bonne volonté, mais tout en cédant du terrain par ce geste, ils ont manifesté une détermination à ne pas pour autant lâcher dame Claudine, en entretenant l’opacité habituelle autour de la forme réelle qui se trame à propos des conditions d’incarcération réservées à terme à la plus célèbre des détenus actuels. Les critiques justifiées si elle devait bénéficier de traitement de faveur par rapport au reste de la population carcérale, ne lui ôtent pas d’autant le bénéfice de la présomption d’innocence, et qu’elle n’est en détention que par mesure préventive. Ceux qui l’ont publiquement qualifiée de « voleuse », ont sûrement commis la  faute d’avoir condamné plus rapidement que n’a conclu une décision judiciaire.
Malheureusement ainsi que l’on peut le constater, commentateurs, chroniqueurs, conseilleurs et autres « critiqueurs » dégainent rapidement, souvent à propos de tout parfois pour des riens : experts en tout, excellant en rien, ainsi que le raconte une sentence en malgache, « tsy mahay n’inon’inona » précédée en toute finesse par le sous-entendu d’une ellipse « mahay n’inon’inona », ne sachant rien pour cause connaissant tout.
Ces genres d’éreinteurs pareillement qu’ils condamnaient hier le déficit de communication du pouvoir, censurent aujourd’hui le mot d’ordre qui semble dicter la stratégie de communiquer à tout va. Il reste certes que l’on ne s’improvise pas du jour au lendemain communicateur, comme en nombreux domaines on n’est jamais aussi bien servi que par des spécialistes.

Risque de se brûler les doigts en allant au charbon
Bousculé de tous côtés, coincé entre conflits sociaux et l’ardeur des escarmouches entreprises par les opposants qui exploitent le climat délétère pour se refaire une santé, le pouvoir tente de sortir la tête de l’eau et profiter de l’espace qu’il pense trouver en espérant avoir réussi une trompeuse conclusion à l’affaire Claudine.
Avec candeur que renforce selon ses détracteurs une incorrigible suffisance, le Président de la République se plait à mener lui-même la croisade de communication. Descendant sur terrain il en appelle à la population, et l’exhorte  de se prendre en main pour assurer elle-même sa protection et de redynamiser le système d’autodéfense populaire, andrimaso-pokonolona. Comme un boomerang, ce message-conseil se retourne contre lui, en résonnant non seulement comme un aveu d’incapacité de l’Etat qu’il préside à assumer ses obligations, mais surtout comme  preuve d’ignorance coupable concernant la réalité. La population doit-elle aller au front les mains nues et servir ainsi de chair à canon, face à des ennemis souvent armés lourdement capables de défier les forces de l’ordre et de faire jeu égal ?
De son côté la ministre des  Affaires Etrangères s’arrache peut-être les cheveux, en allant au casse-pipe dans nombreuses capitales pour capitaliser en amitié et en sympathie, alors que le Chef d’Etat la fleur au fusil effectue guilleret une visite mal préparée en Allemagne n’obtenant de rencontre qu’avec des personnes de seconde influence, et qu’une semaine après, 9 Chefs d’Etat africains participent à un Sommet avec le G20 organisé à Berlin par la Chancelière.
Pour l’opération de communication, sur le plan de la politique intérieure le pouvoir en son sein a l’avantage de disposer de deux spécialistes de la communication, le ministre de la Communication et la ministre de la Population. Handicapée par la défaillance de n’avoir su finaliser une politique pour maitriser la croissance démographique par l’établissement d’une stratégie ayant le but de diminuer le taux de natalité de façon drastique, la ministre de la Population s’est plu à profiter de la célébration du mois de l’enfance pour organiser un spectacle dans le Sud profond afin de donner le change d’un renouveau de dynamisme tout simplement en soulageant de la souffrance des effets ponctuels  conséquences  d’une misère structurelle, un à deux milliers de famille. Goutte d’eau dans une mer de pauvreté qui garde les stigmates d’une crise qui n’en finit pas.
A l’inverse, jouant sur son terrain le ministre de la Communication a slalomé afin d’éviter les pièges de l’opération, ce n’est pas aux vieux singes que l’on apprend à faire la grimace. En la manière ce membre du gouvernement malgré quelques grosses boulettes à son tableau, s’est distingué par l’art de savoir ruser pour éviter les écueils, alimentaire mon cher Watson ! Quitte à charger son prédécesseur il a priorisé cette fois-ci la médiatisation des efforts (les siens) en vue d’assainir l’administration du département dont il a la charge, se permettant de la sorte à zapper le sujet portant sur la politique même de la communication, qui sinon conserve des cadavres dans les placards nécessite au moins une révision qui promet  d’être complexe.
En réserve pour la bonne bouche, le communiqué pleine page à la der de nombreux quotidiens pour se disculper de l’hémorragie qui saigne de ses richesses le pays. Puérile naïveté que d’essayer de faire gober par la population une si grossière couleuvre, ou infantile conception de la responsabilité que vouloir se défausser de son incapacité à porter remède à d’ignoble pratiques crapuleuses sous prétexte que l’on a hérité de cette situation enracinée cause d’une exploitation sauvage de ce système par les prédécesseurs. A la pauvreté de la population l’équivalence d’une indigence d’esprit ou de conscience des hauts responsables.

Imagination relative à une sortie sans difficulté de dame Claudine
Se trompent ceux qui pensent que l’on a trouvé une conclusion définitive à cette affaire. Peut-être dans l’intention de ne pas lâcher leur amie, mais surtout pour ne pas donner l’impression d’avoir baissé pavillon, les protecteurs de la plus célèbre des détenus persévèrent à manœuvrer, ce qui fait craindre la surprise de nouvelles initiatives pour escamoter du « service commun en détention » la protégée. Les plus ardents adversaires de ces tentatives à soustraire des foudres de la justice une personne poursuivie pour suspicion légitime en tout respect de la procédure, se consolent à pousser loin leur chansonnette, et annoncent la couleur de la sanction que Madame Razaimamonjy peinerait à éviter. Dans la continuité ils imaginent le scénario où la dame  bénéficiant d’un statut de MOP (Main d’œuvre Pénitentiaire) serait affectée à effectuer au chaud au Palais une peine de dix ans, sous réserve que dans l’intervalle les locataires employeurs demeurent les mêmes. La réalisation de cette hypothèse pousse les gens de ce bord à se décarcasser dès à présent.

Léo Raz

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