Flash
Préc Suiv

Ministère de la Communication : nouvelle menace sur la liberté de la presse

Ministère de la Communication  : nouvelle menace sur la liberté de la presse

Une volonté manifeste de museler à nouveau la presse. A travers un communiqué, le ministre de la Communication et des relations avec les institutions (MCRI), Harry Laurent Rahajason, a lancé un rappel à l’ordre à l’encontre des organes de presse. Mais cela ressemble plutôt à une menace.

Jamais la liberté de la presse n’a été aussi menacée. L’histoire retiendra certes l’emprisonnement ignoble, qui a défrayé la chronique, d’un directeur de publication et d’un rédacteur en chef d’un quotidien de la place en 2014. L’ adoption au mode forcing du code la communication en 2016 qui a également provoqué un tollé général dans la sphère médiatique.

Maintenant, face à la grogne sociale, à l’insécurité galopante et  aux interpellations et condamnations émanant des politiques et de la société civile, le régime sur la défensive qui reconnaît son réveil tardif, tente de rectifier son tir quitte à menacer la liberté de la presse à Madagascar.  Déstabiliser est une chose, informer en ce temps où l’accès libre à l’information n’est qu’un vain mot, en est une autre.

Mode opératoire

Apparemment, la menace est devenue le mode opératoire de l’Exécutif. Mardi dernier encore, dans le communiqué du Conseil de gouvernement, le Premier ministre Olivier Mahafaly Solonandrasana a donné, «Un ordre formel et catégorique aux membres du Gouvernement concernés pour prendre des mesures fermes contre tout acteur de déstabilisation, quel que soit son statut. Et ce, jusqu’à ouvrir des poursuites judiciaires contre certains magistrats ayant abusé de leurs prérogatives légales».

Mais comment le gouvernement peut-il rappeler à l’ordre alors qu’il est lui-même jugé défaillant non seulement par les acteurs nationaux, mais surtout internationaux en matière de liberté de presse ? D’après le classement mondial de la liberté de presse 2017 établi par Reporters Sans Frontières (RSF), Madagascar recule car étant classé 56e en 2016, le pays a perdu une place (57e  sur 180 pays). La Grande île, classée 56e en 2016, régresse ainsi d’un point sur le classement. Et l’adoption du nouveau code de la communication y serait pour quelque chose.

Pas plus tard qu’avant-hier, les Etats-Unis ont publié un rapport cinglant en matière des droits de l’homme à Madagascar pour le compte de 2016. Et comme il fait s’y attendre, ils ont mis les points sur, «L’augmentation de la restriction de la liberté d’expression» dans la Grande île. Les Américains n’ont pas manqué de mentionner dans leur rapport que «Le nouveau code de la communication contient plusieurs articles limitant la liberté de la presse». A celui-ci s’ajoute la loi sur la cybercriminalité, la peine de prison et amendes. Et à l’heure actuelle,   certains journalistes y paient déjà le prix fort, notamment Fernand Cello.

Mesures de pression

Ainsi, à travers ce communiqué sous l’apparence de menaces, le ministre de la Communication prendra des mesures et lance un rappel pour l’observation de l’éthique et de la déontologie. Le communiqué précise d’ailleurs que si les dérapages et autres violations persistent, «Des mesures préconisées par la loi vont nécessairement être prises à l’encontre de leurs auteurs».

De quels dérapages s’agit-il donc ? Autant dire d’emblée que la presse qui joue un rôle de contre pouvoir est visée par ces mesures. Pour l’opinion publique, cela pourrait mettre en danger la liberté de la presse au pays.

A l’allure où vont les choses, aucune modification du code de la communication n’est à l’ordre du jour et le gouvernement préfère s’en tenir aux menaces. Cela malgré les nombreuses demandes sur le sujet, tant des acteurs nationaux qu’ internationaux depuis bientôt un an.

Dans tous les cas, le communiqué du ministère parle, «D’effectivité de la liberté de presse». Ce qui semble assez difficile à croire particulièrement lorsque le pays perd une place dans le classement mondial de Reporters sans frontières sur la liberté d’expression.

Rakoto

 

Les commentaires sont fermées.