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Reflet – L’eau potable : un enjeu socio-économique important

Moins de la moitié de la population utilise de l’eau potable et accède à un service d’assainissement décent. Une situation qui classe la Grande île au 10e rang en la matière. Les enfants sont les plus exposés aux dangers des eaux insalubres. Et compte tenu de la vulnérabilité de l’île aux catastrophes naturelles telles que la sécheresse et les cyclones ainsi que le changement climatique, il est vital que les précieuses ressources en eau de Madagascar soient protégées pour les générations futures. C’est dans cette optique que s’inscrit l’orientation de la stratégie d’adduction d’eau potable pour les régions sud et sud-est de l’île.

Le défi de l’accès à l’eau potable

A Madagascar, trop de personnes vivent sans accès à l’assainissement ou à l’eau potable en particulier dans les zones rurales. L’on estime aujourd’hui à 40% le taux d’accès à l’eau salubre. Madagascar se classe de ce fait au sixième rang mondial. Dans les zones rurales, une personne sur trois dispose d’eau propre. Or la mauvaise qualité de l’eau en surface est directement responsable du taux élevé de mortalité et infantile du pays et constitue une des principales causes de la malnutrition chronique.

En effet, le manque d’eau potable oblige les enfants à utiliser de l’eau insalubre, ce qui les expose à des maladies potentiellement mortelles comme le choléra et la diarrhée. Souvent en milieu rural, voire dans les périphéries de nombreuses villes du pays, des enfants consacrent plusieurs heures

par jour à la collecte de l’eau. Une tâche ardue qui les prive pourtant d’aller à l’école. Les filles en particulier, courant ainsi le risque d’être agressées. L’eau étant en effet essentielle, chacun a besoin d’eau potable pour assurer l’avenir de ses enfants.

Parti de ces constats, Elke Wish, représentant résident de l’Unicef à Madagascar a soulevé à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de l’eau à Vangaindrano la semaine dernière que,  «Sans aborder l’accès durable à l’eau, l’assainissement et à l’hygiène, cette situation ne s’améliorera pas ».

Ampasimalemy, un cas parmi d’autres

A l’opposé de la situation rencontrée dans les régions Sud de l’île, l’Atsimo Atsinanana dispose de plusieurs sources d’eau exploitable. Après le passage du cyclone Enawo, les chiffres avancés par l’Unicef laissent entrevoir les difficultés auxquelles font face les populations de l’Atsimo Atsinanana : plus de 5.000 personnes ont perdu l’accès à l’eau potable et 30.000 autres ont perdu l’accès à l’assainissement.

Vangaindrano par exemple possède un réservoir de 300 m3 pour alimenter en eau la ville. Mais de nombreux villages à moins de 5 km de la ville n’en bénéficient point. Les ménages s’approvisionnent dans la rivière de Menagnara, au Nord de la ville, ou dans les sources existant à proximité des villages. La gestion des eaux usées et le système d’assainissement exposent toutefois les habitants à des dangers imminents, notamment la propagation des maladies liées à l’eau. Les toilettes intimes, la lessive et la vaisselle se font dans ces eaux. L’habitude des gens à déféquer n’importe où dans la nature représentait un énorme problème pour tous, dans les champs et les rues, de la maison à l’école…

Mentalité

A Ampasimalemy, une Commune rurale à 5 km à l’ouest de Vangaindrano, la mairie a décidé en 2014 de sortir un arrêté communal pour dissuader les habitants de déféquer dans la nature. Daniel Sem, maire d’Ampasimalemy explique : «C’est 5.000 ariary d’amende pour  ceux qui évacuent dans la nature et 2.000 ariary de récompense pour ceux qui les dénoncent». Il semble bien que cette mesure ait porté ses fruits dans la mesure où presque chaque ménage possède des latrines.

Jean de Dieu, enseignant en CM2 de l’EPP local a également soulevé le désagréable climat auquel lui et ses élèves ont dû endurer auparavant. «En revenant des buissons où ils se soulagent, il arrive que des élèves traînent leurs pieds dans les  immondices. L’air devient presque irrespirable dans la salle de classe. Plus de deux à trois élèves tombent malades chaque semaine. Aujourd’ hui il en est autrement …», nous raconte-t-il.

Ce ne sont toutefois pas des cas isolés. La majorité des localités de cette partie de l’île ont vécu ou vivent encore ce genre de situation. Une des raisons ayant poussé les acteurs du développement à prioriser la fourniture d’eau potable, un service auquel l’Etat doit satisfaire à un moindre coût.

Approche CLTS

Avec la mise en œuvre du programme «Assainissement total piloté par la communauté (CLTS)», chaque acteur du secteur Wash (l’Unicef, l’Usaid, l’UKAid, le ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène et d’autres partenaires techniques et financiers…) a investi massivement en octroyant des infrastructures d’eau potable aux habitants, des plus petits enfants du préscolaire aux adultes de chaque foyer, en passant par les jeunes dans les écoles. Il s’agit d’inculquer, surtout pour les plus jeunes, la routine quotidienne de l’utilisation de l’eau propre, de latrines (lavage des mains au savon…) que ce soit à la maison ou à l’école : un réflexe qui sauve.

Les écoles, les centres de santé de base et les collectivités territoriales décentralisées sont par la suite un libellé pour marquer les efforts entrepris par les communautés et chaque entité. Par exemple, une école ou un CSB est libellé «une étoile» s’il dispose d’infrastructures d’assainissement de base (latrine, point d’eau…) ; «deux étoiles» si ces infrastructures sont améliorées et «trois étoiles» avec l’intégration du thème Wash dans le programme scolaire. Et si chaque établissement est libellé, c’est au tour des fokontany et de la commune d’être libellés en ayant rempli les conditions «Open defecation free (ODF)» mais aussi de l’approche CLTS.

Une fois que ces étapes sont franchies, la commune en question devrait disposer d’un plan d’action mensuel, trimestriel et annuel pour l’assainissement.

L’eau potable, une récompense pour les résolus

Néanmoins, les efforts de la population à lutter contre la défécation à l’air libre, notamment dans la périphérie de Vangaindrano et de Farafangana ne sont pas restés vains. Six localités à savoir Karimbary, Amporoforo, Manambotra Atsimo, Mahabo centre, dans le district de Farafangana ainsi que Manasoa et Ampasimalemy à Vangaindrano bénéficient désormais d’infrastructures d’eau potable grâce à l’installation de système moyenne échelle avec pompe solaire. Chaque localité dispose d’un château d’eau de 35 à 100 m3 alimenté par des nappes phréatiques à près de 60 m de profondeur et aspirées par des pompes solaires. A la suite d’une amélioration des infrastructures par les villageois eux-mêmes, la commune peut recevoir des aides supplémentaires.

Mais l’acquisition de ces infrastructures ne se fait pas sans condition. Toujours à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de l’eau, Roland Ravatomanga, ministre de l’Eau, de l’assainissement et de l’hygiène a insisté sur le fait que, «Le ministère n’entreprend pas de projet d’adduction d’eau potable sans engagement de la population à lutter contre la défalcation à l’air libre et à gérer efficacement les infrastructures existantes». Ce qu’a renchéri également Elke Wishj de l’Unicef en soulignant que, «Ces infrastructures sont à vous et fournissent toujours de l’eau potable à la population. C’est à vous d’assurer leur entretien pérenne».

Encore d’autres projets…

En 2016, avec le soutien de l’Unicef, le ministère de l’Eau, de l’assainissement et de l’hygiène a fourni un accès durable à l’eau potable à plus de 213 000 personnes, la plupart dans le Sud de Madagascar où la sécheresse prolongée frappe fortement la population.

L’Unicef a canalisé des fonds internationaux de développement venant spécialement du gouvernement du Royaume Uni pour fournir un appui technique afin de construire au cours des deux dernières années plus 50 systèmes d’eau comme ceux de Manasoa et Ampasimalemy, dans le district de Vangaindrano ainsi que plus de 270 nouveaux forages et 1.000 pompes manuelles non fonctionnelles réhabilitées.

Et depuis la semaine dernière, 11 autres sites ont également été inaugurés. Au total, 25.000 personnes bénéficieront d’eau potable dans ce programme du ministère avec ses partenaires techniques et financiers dans les régions ciblées, à savoir l’Androy, l’Anosy et l’Atsimo Andrefana.

Le gouvernement, à travers le ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène et ses partenaires ont exprimé sa volonté d’assurer l’accès à l’eau au plus grand nombre de personnes, surtout dans la zone Sud de Madagascar. L’Unicef s’est aussi engagée à appuyer le gouvernement malgache dans l’accès à l’eau potable aux populations des zones rurales en mettant l’accent sur les populations les plus vulnérables.

Dossier réalisé par Arh.




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