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PRIX MANDELA DU COURAGE AU PM : Un prix farfelu et non sérieux

Vers la fin du mois de février 2017, alors que le drame d’Antsakabary Befandriana Nord venait d’éclater; Olivier Solonandrasana Mahafaly a préféré quitter le pays pour se promener en France afin d’y recevoir son prix du courage, décerné par « l’Institut Mandela ». Après quelques petites investigations et recherches pourtant, nous sommes en mesure d’affirmer que ce prix a tout d’une supercherie, à en croire et l’Institut qui l’a attribué et le prix lui-même qui n’a jamais existé avant son décernement au Premier Ministre malgache. Ce dernier s’est ainsi fait avoir; ses collaborateurs n’ont visiblement pas pris la peine de procéder à un minimum de vérification sur le sérieux du fameux prix, avant de lui conseiller de l’accepter …

Dans un communiqué en date du 22 décembre 2016, l’Institut Mandela annonce que le Premier Ministre de Madagascar se voit attribuer le Prix Mandela du Courage « pour sa vision du développement de Madagascar et de l’Afrique ». Ce qui prête à sourire, parce qu’on n’a jamais pris connaissance d’une quelconque « vision » d’Olivier Solonandrasana Mahafaly, étant donné qu’il est à la tête du gouvernement pour mettre en œuvre la politique générale du Président de la République censée être tirée de sa vision qui l’a nommé à ce poste. Mais on a encore moins entendu le Premier Ministre présenter la moindre vision sur le développement de l’Afrique. L’on se demande ainsi sur quelle base est fondée cette attribution, d’autant plus que le communiqué indique que « les prix Mandela sont décernés à des personnalités ou Institutions pour récompenser des actions louables en faveur de l’Afrique et de la Paix dans l’esprit de Nelson Mandela ». Le nom du Chef du gouvernement malgache trône parmi tant d’autres personnalités qui se sont également vues remettre d’autres prix Mandela, cependant contrairement aux autres récipiendaires, seule sa sélection n’est motivée par la moindre explication. Ce qui n’est pas étonnant pour la simple raison que même l’opinion publique malgache n’a quasiment jamais enregistré une quelconque action positive du PM qui aurait mérité un prix, du courage de surcroît, ni pour son propre pays ni pour le continent africain.

Aucune trace …

Le communiqué de presse explique que « le Comité du Prix a reçu pour l’édition 2016, 3.623 candidatures (…) proposées soit dans la phase populaire par tout le monde, soit dans la phase diplomatique par des diplomates et des personnalités ». A la lumière de ces assertions, on croit comprendre donc que le numéro un du gouvernement a lui-même postulé pour un des prix Mandela pour cette édition 2016. Les média africains affirment qu’on n’a trouvé «nulle trace des éditions précédentes ». Dans une des éditions du journal marocain « Le Desk » peu après la publication du communiqué, les journalistes s’interrogent sur le sérieux de l’Institut lui-même, « étonnant qu’un institut qui décerne des prix à des personnalités politiques mondiales mette en avant dans son communiqué un compte facebook désactivé, une simple adresse gmail et un numéro de téléphone mobile pour tout point de contact ». D’ailleurs, aucun média français – alors que le prix est censé être décerné par un institut sis dans une université française – ni étranger sérieux n’a fait état de ces prix Mandela, « un signe alarmant s’agissant d’une distinction dite de prestige », peut-on lire.

Aucun lien avec Mandela

Autre détail amusant, le site internet de l’Institut avance que « le jury pour l’attribution des prix Mandela était composé de cinq personnalités, un ancien ambassadeur, un ancien ministre, un Général à la retraite, un secrétaire et un membre de la société civile »  (sic). Tout ce qu’il y a de plus farfelu, personne ne peut dire de quel ancien ambassadeur il s’agit, de quel pays est issu cet ancien ministre ou ce Général? Un jury plutôt rigolo et sérieux pour un sou pour des distinctions censées être aussi importantes et mondialement reconnues.

Mais s’il faut pousser les remarques encore plus loin, l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur le lien de cet Institut avec la grande figure politique mondiale Nelson Mandela ? Une petite recherche effectuée par nos soins, à l’aide de quelques journalistes sud-africains a permis de découvrir que personne n’a jamais entendu parler d’un institut Mandela dans son pays natal. Il est vrai que celui-ci est indiqué être localisé à l’université de Bordeaux en France, mais nos collègues dans le pays de l’arc-en-ciel sont dubitatifs quant à la pertinence de l’utilisation du nom de Mandela, comme pour se donner une certaine crédibilité, alors que les médias africains sont sans équivoque sur le sujet, « l’institut n ‘a en réalité aucun lien avec la grande figure politique sud-africaine dont il utilise le nom et quelques photographies sur son site si ce n’est que son président d’honneur, Olivier Stirn est qualifié d’ami de Mandela».

Des dirigeants controversés

Justement, les dirigeants de l’institut, parlons-en! Ce fameux président d’honneur, «ancien ministre de Pompidou, de Giscard et de Mitterrand est davantage connu du grand public pour avoir été contraint de démissionner en 1990 à la suite d’un scandale dont la presse avait fait ses choux gras à l’époque (. . .) il avait recruté contre paiement l’essentiel du public d’un colloque sur l’avenir de la gauche durant lequel des chômeurs et des intermittents de spectacle avaient été embauchés pour remplir la salle ( …) » . Olivier Stirn est qualifié par les médias français, notamment « le Canard enchainé » de « girouette politique» pour avoir tourné et retourné sa veste et fait le tour des différents partis politiques français pour pouvoir toujours graviter autour du cercle dirigeant dans l’Hexagone. Pour ce qui est de Paul Kananura, le Rwandais président de l’Institut Mandela, il n’a pas de titres ni de références particulières pour être connu en France où il est arrivé en 1997. Il préside une modeste association « des stagiaires et étudiants en France (ASEF) » qui, dans la pratique se confond totalement avec son « Institut Mandela » dans ses activités. Pour couronner le tout, le magazine d’investigation marocain « le Desk » – qui a été contraint à la fermeture à la fin de l’année dernière- dresse des portraits très peu flatteurs de tous les autres membres « administrateurs» du fameux institut, dont les frasques sont loin de faire honneur à la prestigieuse appellation « ». Et c’est ce petit comité composé de personnalités controversées qui a distribué les prix Mandela, entre autres au locataire de Mahazoarivo. Il n’y a absolument pas de quoi être fier. Ce qui explique sans doute pourquoi l’équipe du chef du gouvernement a préféré rester discret sur le sujet et n’a fait aucune communication particulière sur le sujet. Le principal concerné lui-même ne s’est pas beaucoup attardé sur l’obtention du prix, alors que s’il était vraiment sérieux, il y avait eu de quoi être triomphal, compte tenu de la grandeur de celui qui fut prix Nobel de la Paix de son vivant. La discrétion affichée par son récipiendaire dit tout sur ce caractère farfelu et du prix et de l’institut qui l’a décerné, de quoi plutôt en avoir honte …

La Rédaction

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