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PASTEUR EDOUARD

« La vindicte populaire pourrait devenir une culture »

 

La recrudescence des cas de vindictes populaires est de plus en plus préoccupante. L’inertie de l’Etat est pointée du doigt.

La situation est inquiétante pour la paix et l’harmonie sociale dans le pays.

« La pratique des vindictes populaires rend perplexe. La vindicte populaire risque de devenir une culture sans la prise de responsabilité de l’Etat», telles sont les premières appréciations du pasteur Edouard Tsarahame. D’après ses explications, les origines du phénomène devraient faire l’objet d’un débat. « Le pays a choisi la voie de l’Etat de droit. Il appartient aux forces de l’ordre de maintenir la sécurité des personnes et de leurs biens. Les magistrats doivent juger les affaires comme il se doit. Et enfin, le Président de la République est garant du fonctionnement de l’Etat même », a- t –il martelé. En fait, les missions de chaque institution devraient être respectées. Une manière d’insinuer que c’est la méfiance générale de la population envers le système judiciaire qui est surtout à l’origine du fléau. En effet, le non-respect de la séparation des pouvoirs, notamment entre les pouvoirs exécutif et judiciaire, explique en grande partie la recrudescence de ce phénomène. « Le pouvoir préfère se vanter de l’organisation du sommet de la Francophonie ou de la conférence des bailleurs plutôt que de voir les maux de la population », a fustigé notre interlocuteur. A cet effet, selon ses dires, les dirigeants devraient voir plus loin. « La population n’a plus sur qui compter et elle a décidé de prendre en main sa sécurité », a-t-il ajouté.

Inquiétante

En tout cas, la situation est inquiétante pour la paix et l’harmonie sociale dans le pays. Déjà, depuis le début de l’année, le bilan est relativement lourd avec quatre victimes d’après les chiffres de la Gendarmerie nationale. Le phénomène fait rage dans toute l’île : de Vangaindrano à Fianarantsoa en passant par Mahajanga. Pour le premier cas, des foules issues de plusieurs communes se sont réunies pour tenter d’appliquer leur justice à l’endroit d’un bandit capturé. Pour le deuxième cas, en mi-janvier, un homme a été victime d’une vindicte populaire pour avoir détroussé une dame. Pour le dernier en date, de la province de Mahajanga dans la nuit du 23 janvier, des milliers d’individus ont pris d’assaut le bureau du Commissariat de Police pour venger l’agression d’une mère de famille et la mort d’un père de famille. Par la même occasion, ils s’en sont pris à un bandit partageant la cellule de la cible.

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Il suffit, en effet, d’être pointé du doigt pour en être victime comme l’ont déjà affirmé le numéro un de l’Eglise Apocalypse de Madagascar et d’autres politiciens ou analystes. D’ailleurs, l’absence de l’autorité de l’Etat et surtout l’impuissance des forces de l’ordre sont flagrantes, les vindictes étant effectuées sous le nez de ces dernières. L’impunité dont bénéficient les responsables risque d’aggraver les choses. Le risque est également que cette habitude, à force de se répéter, pourrait ne plus susciter que l’indifférence, si ce n’est pas déjà le cas.  Les autorités avancent toujours l’ouverture d’enquêtes à chaque vindicte populaire mais celles-ci restent sans suite et ne sont que des effets d’annonce. Le weekend dernier, l’Eglise catholique a une fois de plus tiré la sonnette d’alarme à l’occasion de la célébration du cinquantième anniversaire de la relation diplomatique entre la Grande île et le Saint- Siège   à Mahamasina. « L’Eglise ne peut pas fermer ses yeux face aux cas de vindictes populaires. Sa responsabilité est d’éduquer les citoyens », a déclaré Mgr Odon Razanakolona.

J.Raharisoa

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