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Chronique : la théorie des climats n’est plus ce qu’elle était

La théorie des climats fait encore de nombreux adeptes sur notre île tropicale. Nos qualités morales et intellectuelles seraient liées au climat qui nous a vus naître. Ici, nous serions indolents, moins sur les hautes terres au climat tempéré par l’altitude que sur le littoral où la chaleur oblige l’individu à se ménager. Nous serions astucieux voire roublards, plus sur les hauteurs où la relative fraîcheur rend les hommes industrieux qu’au bord de la mer où il suffit de se pencher pour trouver de quoi se nourrir.

A cette description qui fait grincer des dents nous avons ajouté un chapitre qui ravit les défenseurs du relativisme culturel. L’indolence endémique serait le terreau naturel pour que s’épanouisse la légèreté des mœurs locales. C’est ainsi qu’un amateur de la théorie des climats revisitée au goût du jour explique que ce qui est répréhensible là-bas est toléré ici.

Sous le soleil des tropiques, nous ne prenons pas souvent la peine de nous attarder sur des considérations philosophiques qui embrument l’esprit plus encore que la chaleur ambiante. Non… Nous examinons la question du relativisme culturel à l’aune de nos espérances.

Aux amateurs de contes de fées éduqués au nord du Tropique du Cancer nous offrons la potion magique qui transforme le crapaud en prince charmant, l’éclopé en aventurier et l’arrière grand-père en papa poule.

Notre climat est donc propice à la floraison de merveilleuses enchanteresses. Leurs charmes révèlent des Don Quichotte qui s’ignoraient, capables de braver les valeurs de leur zone climatique pour sauver des Dulcinella de pacotille. Vient le jour où le chevalier à la figure de nouveau enjouée doit regagner sa froide contrée. Les adieux se font dans le hall bruyant d’une aérogare. Le héros a oublié sa fumeuse théorie des climats, il n’entend pas sa dulcinée lui susurrer à l’oreille : «Je t’aime… jusqu’à l’aéroport».

Kemba Ranavela

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