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Madagascar il y a 100 ans

L’autre jour, dans un salon de thé, je me réjouissais en parcourant la carte des jus de fruits, smoothies et autres granités. Le choix proposé était à l’image de ce qu’il doit être au cœur de l’été sur nos hautes terres centrales, c’est-à-dire très varié. Le serveur s’empressa de modérer mon enthousiasme en précisant que si je pouvais effectivement commander un jus d’ananas, un jus de banane, un jus de corossol, un jus de mangue, un jus de pomme,  un jus de pêche, un jus de poire ou même un jus d’avocat, je ne devais pas m’attendre à un fruit pressé.

En réalité, il ne l’a pas dit en ces termes. Le garçon s’est d’abord gratté le crâne en souriant avant d’aller vérifier en cuisine quels jus de fruit il serait en mesure de me proposer. Le va-et-vient de ma table à la cuisine s’est répété plusieurs fois, le temps que la liste se réduise finalement à trois options : ananas, mangue et pêche. J’ai opté pour le jus de pêche, en me disant que j’avais bien de la chance de pouvoir savourer un fruit qui se fait rare sur les étals des marchés en janvier.

Quand le serveur m’a apporté le jus de fruit, je lui ai fait remarquer qu’il s’était trompé de commande. Froissé, il m’a répondu que j’avais demandé un jus de pêche et qu’il me servait un jus de pêche. Or ce que le serveur et la carte du salon de thé appellent une pêche, je l’appelle une prune.

Pendant quelques secondes, je me suis dit que ce jeune homme se moquait de moi et m’apprêtais à le lui dire quand faisant appel à la phonologie, j’ai compris ma méprise. J’avais oublié que

« paiso » est le nom générique pour trois fruits que l’on cueille autour de Noël : l’abricot, la pêche et la prune.

Du haut de mon français standard, j’ai eu envie de rire, envie vite réprimée en songeant à la pauvreté du français qu’on apprend dans nos écoles. Quid du teint de pêche, du tissu peau de pêche, de la couleur pêche ? C’est simple, ils comptent pour des prunes.

Kemba Ranavela

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